Samedi 7 juin 2008
 




   



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AVERTISSEMENT

 

 

Les écrits présentés ( Les années d'allégeance ) sont les premiers textes de Patrick Tafani. Imparfaits et quelque peu abrupts, ils invitent le lecteur attentif à rentrer dans cet espace énigmatiquement présent en chacun de nous.

Allégeance d’un jeune homme aux mots, aux mots scrutateurs par delà l’horizon.

 




 


 

LES ANNÉES  D’ALLÉGEANCE

 

 

 

 

 

 

 

 

LE  REGARD

 

 

Arrivé à l’âge d’homme, j’ai cru me mouvoir dans un parc d’enfants, où les fenêtres s’ouvraient sur le soleil, une à une. Puis levant les yeux, j’ai vu le parc et les arbres s’agrandir, et derrière eux, les grilles.

 

 

 

GÉNÉRATION

 

Nous étions sortis de l’enfer, nous étions hors-mémoire, hommes, enfants mangés par la guerre, terribles héritages de nos gloires.

     D’intenses efforts pour éloigner le mal, devant une assemblée de sages et de bancals, la vraie vie est un leurre, nous sommes de la génération des tueurs.

 

 

 

BYZANCE  CLUB

 

 

    Des portes couvertes d’or, femmes sculpturales de la nuit à l’aurore, les Arts, les Cultes, la Civilisation, semblables au respect des nations.

    L’histoire se construisait au présent, dans des palais insolents, où celui qui vivait, vivait, où celui qui mourait, mourait.

    D’étranges personnages, des hommes taureaux, des femmes enfants, sur des mers lointaines encore inaccessibles, où l’âme tumultueuse dessine d’un même trait, inflexible, le front des Dieux, dans la bouche du néant.

 

 

 

 

 

L’HOMME  GORGÉ  DE  FLAMME

 

 

Ils veulent être l’indien dépossédé, ils veulent être le juif assassiné, le noir insulté, l’homme gorgé de flammes.

Qui comprendra hors-mémoire, la main brisée sur un drap noir, qui comprendra l’histoire de nos sales trottoirs ?

Ils veulent être, l’opprimé, l’apatride, l’affamé, la face connue du supplicié, l’homme gorgé de flammes.

Ce soir, ma chambre sera ouverte, ils pourront venir, admirer l’homme ou la similitude, souffrir à mes côtés, se laisser vomir, bloquer toutes les issues, dénuder l’ingratitude.

 

 

 

PARTANCE

 

 

Comme métal sur le flanc des chevaux, l’ivresse des nomades lorsqu’elle porte la mort, cavalier fier et inexpugnable, la ride du ciel est indésirable.

Magma froid, liquide de la vie, comme un tonnerre que l’on entend pas, décalé, d’une heure imprécise à bout de cri, nappes de brume aux neiges soudées.

 

 

LE  CRI  DU  PITRE

 

 

Je t’ai demandé de venir ce soir, le bar était éclairé, les chaises mises comme couverts, alignées comme statues. Verres posés dans leur rond de cuir, la parole était aisée. Mais rien pourtant, tu semblais ailleurs et irrémédiablement froide. J’ai laissé sur la table une monnaie dérisoire.

 

 

 

 

L’OMBRE  SUR LE  SOL

 

 

Le rideau s’entrouvre, rouge. A la dixième phrase, mon âme se cogne sur un réverbère bleu. Signe des temps, la secte offre le thé. Je m’abîme soudain. Bancs de simulacre, le livre reste ouvert ; la page est blanche.



 

 

ABSENCE

 

 

L’homme à la tête inutile, ignorée de l’échafaud, imputrescible valeur des choses mortes.

 

 

 

JOURNAL

 

 

La montée d’étoiles qui atteignit l’axe central du paradis délivrant anges et bon dieu fut aperçue dans l’éclatement du silex à l’époque giboyeuse et lapidaire de l’Abevillien.

 

 

 

LA  TABLE  DE PIERRE

 

 

Le soleil se lève dans un claquement de fouet. Le ciel se distille, l’oiseau rôde toujours. Il s’est posé, silencieux.

Tout près de la fenêtre sud, le cerisier plante son âme plus profondément encore. Le thym respire et les chiens aboient. L’oiseau se dérobe ; je suis heureux.

 

 

 

CRISE

 

 

Quelquefois tout paraît grotesque comme un portrait sans tête. Mais l’épreuve est nécessaire. Il faut gravir ces montagnes sans sommet, traverser ces déserts sans sable, dériver dans ces mers sans eau. Dans ces cas uniques, l’absence est éphémère.

 

 

LA  PART D’ERREUR

 

 

Les hommes comme le froid parquaient les bêtes, nous étions le non sens de toutes limites, images, statues, dévoraient l’Art, pieds et poings liés au regard du couperet.

Nos alliances, roches démultipliées, se délitent, fondamentale division entre le spectre et le fantôme, animale vacance du bien et du mal, parabole du soleil cathare ; de la colombe au bûcher mystique.

Les fleurs sont sur les mains, dernière vision onirique face à l’immobilité de l’ogive, les temps méticuleusement avalés par la couleur du ciel.

 

 

 

SEUL  ET  ABSOLU

 

 

Vacille lunaire l’homme foule le feu, son visage, haute terre, clame la venue des eaux. Ils savent que son corps sera l’épreuve de leur temps, la parole sur les lèvres ; rien n’exprime le lieu.

J’ai souvent pensé à lui, lié aux soleils pourpres, coloration de l’or et du sang voilée de coton, dans la passation de pouvoir entre le jour vieillissant et ce miroir opaque veiné d’encre sèche.

 

 

 

 

DÉVOTION

 

 

Massacre comme un siècle bohémien, l’errance fut douteuse à tout âge.

Le pain rompu à table semblait noble ; assemblée de sages où la concupiscence léchait les fronts.

L’enfant accompagnait le vieillard. Les routes mordaient l’orée des bois. Chevaux au repos et femmes au teint noir.

Des feux montaient comme des oiseaux jusqu’au ciel, paroles entendues dans l’écho de la nue le soleil touchait les arbres. Le signal d’un accomplissement ; les visages basculaient dans la nuit.

 

 

 

FIRMAMENT

 

 

Croix, étoiles, croissant de lune, misère et fortune, les marche du temps, battements de nos cœurs que l’on gravit comme un néant avec courage et peur.

Triumvirat du doute, passage de l’or à l’âge du Knout, contre vous et contre moi, l’ensemble de l’œuvre reste de bois.

 

 

 

PAROLE  ET  SIECLES

 

 

Sans ouvrir les mâchoires, sans maléfices dans le regard, errant parmi d’autres errances, j’ai vu le loup.

Impériale clartés de nos heures couronnées, le choix de la vie réparti et respecté, travaux de l’humain, offrandes et nécessités blanches, de nos ailleurs bannis l’impasse des dimanches.

Ah l’homme et la surdité des âges ! Anéantis, piétinés avec rage ; âmes sorties moribondes de l’ornière, le cadavre pris dans un siècle charnière.




LAISSER

 

 

Laisser se vêtir l’ombre de laideurs quotidiennes, sur des visages marbrés jusqu’au sang, laisser dans la bouche de l’homme se mouvoir le mors, d’hier et d’aujourd’hui.

Laisser.

 La  brume lisser le soleil, le devoir s’accomplir, la nuit se détruire, le fer brûler la chair.

Laisser.

 

 

 

BONHEUR NOUS EST DONNÉ

 

 

La beauté possède aussi ses scories, visibles ou invisibles, dépendance des yeux que la laideur dilue sur sa palette de boue.

 

 

 

 

MAGRITTE  OMBRE  ET  LUMIERE

 

 

Comme balancé sur l’arête du trottoir, à la limite d’une malédiction rouge, vision ; masque de l’équilibre.

Idéalement livrés à nous-même, comme des chiens sevrés par des louves froides, maquillage de l’arbre que cache la ramure morte, de ce crépuscule vacillant couché sur nos toitures, ciel d’encre bleue laissé en souvenir à nos visages rompus ; le lent déplacement des nuances.

 

 

 

 

SÉNESCENCE


 

Ombres brisées aux soudures de l’été, guérison de l’homme meurtri dans d’implacables saisons, funeste délivrance du temps accompli.

Sarabande surannée sur des plages dévastées, fatras d’ossatures, animal soumis, aux tringles de l’été l’horizon s’éteint.






LES  INSTANTS  PRIMORDIAUX 



                                                    Le but n'est pas d'étancher sa soif de vivre,
                                                    Le but est de boire à la Fontaine. 

 

 




RIMBAUD ÉTERNITÉ

 

 

  Ce goût de fer enclavé dans leurs mâchoires, et ce combat inégal qui s'annonce, souvenirs catalauniques, l'abeille et la ronce, chevaliers, massacres, pestes noires.
      Petit homme, fléau de Dieu, mécréant, barbare, calamiteux, sur tes steppes, au loin, tu sembles vieux, ton regard éclipse la foudre et ses feux.
       Le ciel impénétrable est une armure où des couteliers cherchent le passage de l'azur, crachats de prophètes, nuages bas, la vie future s'établira.
       Ils la perdront. Quoi ? La raison.



 

                                                                             PAUVRETÉ  

       Les dérives et nos yeux qui gardent la maison. Le combat de l'absence et des présences redoutées. Dans l'enceinte, sous les tuiles, entre et sort le frelon. Abandon, volet qui bat, pauvreté.


 

Par Tafani Patrick - Publié dans : Recueil
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