Samedi 17 mai 2008






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LE   JEU   PERDU








 

J’ai peur que ce regard que tu devines soit le lent cheminement, la perspective glaciale des yeux qui comprennent.

 

-

 

Il n’est pas dit que l’immanence soit le présent absolu, la pierre qui ne ricoche que pour disparaître, l’autour des sombrages dans la division des vignes, l’écolier devant l’écueil d’un abécédaire, la pulvérisation de l’être parmi la rude conscience du monde.

L’immanence apostrophée cent fois dans sa nature et son affirmation transcendées. Il n’est pas dit.

 

-

 

Seuls nos yeux peuvent encore frémir puisque nos coeurs s’abâtardissent; règne des grossiers mirifiques.

 

-

 

Nous avons l’éclair bleu de nos vies, et ainsi l’Histoire éructe et se vautre sous la gangue ilote de l’ordinaire.

 

-

 

Se désintéresser de la laideur c’est là notre impardonnable parti. D’autres plus méprisants nous aborderons avec le fastidieux langage du retour singulier des choses. Mais notre vacuité aura pris une forme encore plus incommensurable et ce qui prévaudra sera souligné comme une rencontre de magicien ; une indignité que nos forces labiles habilleront de soierie.

 

-

 

Peu d’espace dans le regard désigne la part la plus solitaire de l’instant. Minuit.

 

-

 

La réconciliation a fait se haïr ces deux êtres qui naguère en leur combat avaient dévisagé l’amour.

 

-

 

Ma souffrance est dans mon bras et non dans ce que je crains être mon bras.

 

-

 

La contrainte procède de la dramatisation du ciel, il peut s’agir d’un hymne plus spéculaire que la surface des eaux.

 

-

 

Il régna sur les collines, les dernières collines. Un dédoublement lui assura le retour des feuillages, les grands feuillages de son nom. Il régna, étoilé sur des nuits plus jeunes encore que la naissance des cimes; l’éternité justifiée d’instants de plénitude. Il régna, régna si haut, que le Midi sut lui céder son empire infondé.

 

-

 

Nous sommes si souvent conviés à la table des médisants que notre appétit s’accroît de tous les mots probes que nous aurions pu saisir.

 

-

 

Le jour effeuillé où se meut la rencontre capitale; complaisance du dernier chef-d’oeuvre.

 

-

 

Et il soutint toutes les références à la mer, ce dépliement azural pigmenté d’immenses mosaïques, si lointaines qu’on les voudrait proches des abysses.

 

-

 

Thésée aussi énigmatique que les fiertés malignes, traînant la beauté sur les limites de l’épouvante, Thésée éperdu pour toujours songeant à l’avenir déjà vécu, à l’avenir déjà nié sur toute l’immensité de la vie, Thésée mourant parmi nous avec cet homme qui vient sur le pas des fontaines.

 

-

 

L’âme est ambidextre, c’est le terrible du corps.

 

-

 

Le vaste ricochet du ciel sur la mer.

 

-

 

L’amour incommensurable de la vague plaintive si éloignée de la haute mer renfermant les charniers.

 

-

 

Sur la blessure le même semble y vivre, majestueusement, et le temps et les heures s’inclinent comme un arbre aime à suivre le péril de son enfance.

 

-

 

Brassée de violettes aux mauves alliances, la rencontre délite ses parts de victoire sur de vieux lentisques où le soleil rêve, encore un jour de foudroiement décent sous l’arborescence noyée de l’effort.

 

-

 

La rigueur joyeuse du dépassement, silence algébrique; le monde se recompose.

 

-

 

Sur la mer déshonorée cingle les vaisseaux, et la mémoire s’équilibre dans ce que l’oubli délaisse parmi les préaux de l’âme.

 

 

-

 

Tels des cieux alliciants qui recouvrent tout le bleu de l’or, il existe d’autres nuages qui en appellent aux dernières distances si peu propices à redécouvrir le premier soleil.

 

-

 

Enfance débattue sous les cendres de l’illusion, enfance du chagrin élargissant ses haines, illuminant ses joies, nul n’occupe votre débâcle sous l’alcôve des nuits.

 

-

 

Et si nous devinons, comme toujours, la mousse aux branches de corail près des vergers de robes blanches, et si nous devinons encore la parole de Lou, proche fontaine où se saluent les anges, et si nous devinons ce crépuscule naissant, favorable à l’esprit et à la pourpre du corps.

 

-

 

Foi en ce jour qui s’incline, si lentement qu’un arbre croît sur la ligne de ton regard.

 

-

 

Cette heure ainsi dénudée et ce visage posé sur d’autres terres anciennes, cette heure voisine des Célestes, des grands amandiers où s’établit la floraison de l’inaperçu.

 

-

 

Seuil où descend le vertige de Minuit, minuit couturé par les principes du monde, voyage de l’apaisement et des larmes permises.

Le souffle nous semble ancien, le grégaire esprit de l’Esprit conjugué dans ses essences avec l’avaloir de la nudité parle et se tait.

Règne la valeur du torrent et l’appui des étoiles si monstrueusement absents, lorsque le seuil se déchire et que le fracas rouge du ciel nous montre l’insigne beauté de la nuit.

 

-

 

La revanche s’adresse au victorieux, comme les murs qui un jour s’effondrent.

 

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Les couloirs sont à l’arrêt, c’est le gigantisme de l’esprit.

 

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La perte est ainsi, j’en abuse jusqu’au rêve.

 

-

 

La gentiane amoureuse rend la haine si impérieuse qu’un reflet d’or traverse tout l’espace du visage.

 

-

 

Se rattraper en dehors de la chute et du filet.

 

-

 

Silence dans le périmètre du vivable, comme un homme insoutenu se penche sur le désarroi de la folie.

 

-

 

Ô monde singulier, si peu propice à l’hirondelle, à son vol des intimités plurielles !

 

-

 

Le fleuve est mon inconscient, à la droite du cerf s’épointent les grands rivages.

 

-

 

On nous trafique des envies de sépultures cosmiques, la crise est lapidaire.

 

-

 

Rare est la vie et je ne pense qu’à la vie.

 

-

 

Le désastre de l’imposture, c’est l’imposture du légitime. Sac de sable sur sac de sable le désert monte.

 

-

 

Le désastre des faiseurs où tout risque aboli nous enseigne les pitreries de l’illusion.

 

-

 

Plus proche, mon imagination plus proche, l’oiseau qui te ressemble, proche, plus proche mon imagination, de la grande distance...

 

-

 

La sècheresse est un don de source.

 

-

 

Large couleur où un pont se tient, verse ses ors et se penche; l’aloi du corps inséré dans sa pierre se mesure délibérément diffus sous les bandeaux de l’arche.

 

-

 

Lumineuse désinvolture, la lune envoûte ton seul regard qui dans l’énigme des yeux visite l’espace pour ressaisir ta fixité.

 

-

 

Un désaccompli est un homme qui fusionne avec les astres.

 

-

 

Il y a très peu d’irresponsabilité entre le miroir et nous; la brume quelquefois fabrique ses coupables, leur donne la parole et exige le pardon de s’être tu.

 

-

 

Sur la tristesse d’un coeur se promène la joie d’une épaule.

 

-

 

Vagues caresses de nos lèvres mortes, ainsi vous avancez sur la grève, inertes et suaves dans un goémon de traces saintes, et vous dépouillez le rêve de tout sommeil lithique avec votre défaveur qui monte jusqu’au ciel, renversant l’abîme de vos baisers de nacre.

 

-

 

Larmes d’enfant, avez-vous ce seul bonheur pour dire nos ignobles faveurs ?

 

-

 

Reconnais-tu l’humain sur cette pierre, pierre où le céleste veut réagir à ce lignage, comme un coeur riche de vie envahit le corps qui s’éteint ?

 

 

-

 

A notre insu toute souffrance sait la sécheresse qui agite les grands fleuves lorsque s’ouvre l’estuaire des mers.

 

-

 

Qui suivra le pas de la nuit, mémoire azurée trop douce pour séduire le dénouement de toute chose ? Qui suivra le langage apaisé qui vient sur quelques lèvres encore alliciantes de leurs parfums inconnus ? Qui suivra le hasard de ces mots formés dans l’embrasure de chaque silence où se noue le pas abordé, le pas suivant ?

 

-

 

Ah, ne se soucier que de l’invisible pour le rendre apte à l’invisibilité portée devant nous...

 

-

 

... C’est

dans ce risque seul que tu prends vraiment part au jeu...

( ... )                      

                                   ... hors de tes mains

le météore fuit vers ses espaces...*[1]

 

 

                                                       

 

 

 

 



[1] Rainer Maria Rilke, traduction Philippe Jaccottet.

Par Tafani Patrick - Publié dans : LE JEU PERDU
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