Samedi 17 mai 2008



 



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 LE  JEU  PERDU


 

 

J’ai souvent usé de néant pour ciseler le trop plein des cieux.

 

-

 

Ne rien posséder, telle est l’offre de l’imaginaire.

 

-

 

Est-il souvenir ce vaisseau qui appareille dans l’eau dormante des yeux ?

 

-

 

Crainte et faveur, j’avise ton peuple. Sur le signe de l’aube s’éblouit le cycle lent.

 

-

 

Nous froissons nos orages classiques puisque nos mains portées à s’ouvrir reviendront dans le bleu de l’or.

 

-

 

Et sur d’impénétrables souvenirs se retournent les fatigues futures sans geste pour éprouver le labeur de ceux dont la victoire repousse la faute du miroir.

 

-

 

Il faut des nuits, des nuits innombrables pour qu’une clarté demeure, une imperceptible clarté.

 

-

 

L’étiage, un partage que la mer possède, hésitante pour les versants de l’inconnu.

 

-

 

Trace jusqu’à l’aurore, il écrivait, il écrivait. Sa demeure combattait l’écueil du jour, le mener à sertir le souffle des relances, et sans rien  saisir d’autre qu’un feu en son déclin, il voyait se mouvoir dans le vide la saison des bals.

 

-

 

Un si long silence perdu déjà par d’avides rumeurs, un monde si mal venu oubliant violemment de refermer la porte.

 

-

 

Hirondelle des courtisans tu n’es pas la céleste, elle qui éprise de vent foisonne dans les yeux de l’errant.

 

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L’homme se découvrit dans le coeur des nuages sur cette blessure de l’inouï si proche de l’attente où grandissent les étoiles.

 

-

 

Froide pierre de sel où se vit le sable en suspension d’inanité  lorsque vrille sous la yourte pâlie du monde le pèlerinage des goélands

 

-

 

Offrande à ceux qui succèdent au bleu solitaire de l’astre, offrande éployée aux douces couleurs émondées, éclat sur la frange pourpre de l’indicible, là où la mer se courbe et semble s’amenuiser sur la ligne du cormoran.

 

-

 

Elle est venue dans l’insouciance des yeux, chrysopée à l’instant même où le feuillage s’ajoure, elle est venue par la multitude qui cille sur une mer ainsi délivrée de tous les présages humainement lassés, elle est venue, visible au vent.

 

-

 

Aucun lien ne nous unit, mais tous les liens s’échappent au vent, le vent ce fou d’amour.

 

-

Graine de centurion, la messe est donnée. Ravissement.

 

-

 

Tout un soleil avec son bleu de Sylène, l’heure fuyante et apprise, neige incessamment éloignée par le vol accenteur de la pluie vertigineuse, visage aux fenêtres des feuillages, le lac et son soleil de mitraille. Voici le lieu. Morbidesse.

 

-

 

Village éjouis nous ne sommes pas dignes, un peu couards dans le sillage des grands oiseaux, les oiseaux que nous pleurons sous la seconde du monde. Village éjouis qui s’étourdit. Faconde.

 

-

 

Je ne veux que le désir délié du fardeau d’ivresse, oui vous et moi, avec vos cimes, avec mes gouffres, vous et moi, désir délié du fardeau d’ivresse...

De ce péril où j’hésite encore, si vite établi, si vite oublié, vous et moi, le mot abdiqué, la phrase effondrée, vous et moi, un si long suicide manqué...

 

-

 

L’agir du souffle jusque dans la crinière des chevaux, sur le pas puissant des idylliques et de la lame fusante des oiseaux.

 

-

 

Il était l’Enchanteur, celui qui dans les cimes foudroyait le vertige.

 

-

 

Ce défaire de l’humain c’est se désinvestir d’un mal sacré; le délai accordé à la bête de somme ou aux signes barbaresques.

 

-

 

Il nous faut mesurer ce qui nous écarte de la pensée, l’idéale vivacité du fugitif, et comprendre ce territoire qui nous entraîne à vivre; un bond dans le nuage des socles.

 

-

 

L’aurore de Nietzsche ne doit rien au vertige des bleus regards lactescents de l’éclair, elle n’est pas une embuscade décriée du guetteur, une secousse qui établit l’ordre de l’étendue, une passive alliance avec l’agir inconditionnel. L’aurore comme un futur soleil ne se dédouble pas de totalité mais porte une blessure qu’elle assigne à la nuit.

 

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Ne s’élégir qu’une seule fois avant la radicalité du faux.

 

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Il en va de Dieu comme de soi; la réappropriation dans l’oubli de la parité.

 

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La saxifrage des pavots d’été mesure sa patience comme un rêve tardif aux touffeurs de l’orage. Lieu partagé des grands cavaliers qui jouent sur la harpe des soleils oubliés.

 

-

 

L’horizon blanc c’est ce souvenir qui ne se souvient de rien et puise de ce rien toutes les visions du monde.

 

-

 

On ne peut vivre que blessé par l’abîme. Silence des herbes autour de ma fenêtre.

 

-

 

Nous sommes de ceux qui interrogent le serpent sur son passé. Le visage distancié des forces.

 

 

Par Tafani Patrick - Publié dans : LE JEU PERDU
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