Jeudi 1 mai 2008


 




 LE  JEU  PERDU


Il ne voulait pas... Se soustraire des visages et des lyres où il sentait bien l’inutilité des mots déjà formés sous les pierres.

Il ne voulait pas... Les pluies recevaient le don et le feu possibles des vignes, l’accolade des jeux entretenait la ronde des villages et l’appel de l’arbre révoquait le large désarroi des plaines aimées des dieux. Voisinage si proche de l’oubli, il ne voulait pas céder, s’affranchir des lieux où les solitudes mouraient.

 

-

 

Le regard qui vieillit est un regard usurier.

 

-

 

Le mot merveilleux passe par le corps, le rudoie puis l’océanise, le mot offrant sa forme à tous les prodiges.

 

-

 

Le village s’était blotti comme vivent les oiseaux.

 

-

 

Tout ce qui tremble, la main, le risque et le chardon, appartient à l’étrange pouvoir de la vie.

 

-

 

L’oubier tutélaire change le sens du ciel, l’invite à grandir et lui mime l’exil.

-

 

L’hypnose de Céreste et son tourbillon de pierre, le refus, oui le refus avec ses voussures de buis et ce coeur dans la flouve... Qui pourrait te suivre en ce lieu, aujourd’hui, demain, oubli innommable, doux écolier ? Le bleu du ciel est ciel depuis peu...

 

-

 

Il est temps de suivre l’exigence des infinis, d’y accéder dans l’intemporalité de notre survie, et rompre, rompre avec ces invisibilités fractales et ce pourrissement des chaos.

 

-

 

Je reste sans ailleurs, et c’est peut-être sur cette ébréchure de contention que paraît l’étrange surface de mon errance.

 

-

 

A la fin le masque est si lourd à porter; solarité des âmes qui s’élèvent du corps et viennent vivre la mort du ciel tout entier.

 

-

 

Si le visage se rencontre dans l’exil, soyons cet exil qui tremble sous nos pas.

Visage où le regard vacille, telle une torche qui s’éloigne du pays d’autrefois, et qui toujours s’en remet à ce souvenir de feu qui vient de la mer et repart à la mer.

 

-

 

Et j’ai vu l’éternité, et sa défaite et son triomphe longer toutes les peurs du monde, des plus vaines au plus fécondes, et j’ai dit oui, oui et toujours.

 

 

-

 

Des mots liés à d’autres mots, le carré de pleine misère dans le jusant des jeux, puis pour l’infini même, ce que l’enfant vous dénoue; un chagrin sans larme, une mort sans vie.

 

-

 

La courte mémoire du merveilleux dans le sillage épié de l’oiseau qui inonde le ciel en son épaisseur de rose bleue.

 

-

 

L’endurance se vrille dans l’indicible lumière du risque, là se fourvoient les basses nuits, le legs claudicant du dernier mot retenu des yeux.

 

-

 

Il est un point, un point de l’âme où les aigles viendront poursuivre leur règne, leur règne égal à l’insigne vertige, semblable jadis au monde de l’alliage et du feu.

 

-

 

Dans cet ineffable regain de l’indicible, l’abîme ne  choisissait pas l’exemple du vertige naturel de ses yeux. Le ciel devenait un reste d’éblouissance où les dieux mélangeaient le monde pour saisir le pal et l’éclisse de l’homme. Le soleil s’érodait sous une loyale déclinaison des astres, l’inaccompli fusait, et la parole promise de ceux qui s’effaçaient à l’infini de leur mémoire, grandissait.

Mais rien ne s’étiolait de l’immensité des visages, ni la fontaine amoureuse des dernières pluies de juillet, ni le prisme de la lettre sur l’usage des fronts.

 

 

 

 

-

 

Lorsque dans l’échafaud de la vie le feu aura perdu sa voix dans le coeur de l’âtre, lorsque sans cesser de battre tu sentiras l’absence à la droite de l’oubli, lorsque la conscience ne sera plus le drame premier de l’homme seul, mais une lige probité où les fleuves déposeront par delà le saut, la conquête et l’effroi cruel, tout ce qui ne peut être renouvelé dans la victoire et la rébellion.

 

-

 

Que prends-tu dans ta main? Ce qui n’existe pas pour des yeux...

 

-

 

Ce que je brise est déjà construit, ce que je pleure est déjà aimé, ce qui s’élève est déjà tombé.

 

-

 

Seule et suffisante la victoire plénière, vivante et redoublée du jour sur le jour.

 

-

 

C’est bien vous, arbre de Terraubes, que la foudre tutoya si fort, c’est bien vous qui par la division des nombres sut ramener l’allégresse dans l’échancrure du ciel, c’est bien vous qui devint brasier, métissant vos flammes jaunes et rouges sur le langage des pierres, c’est bien vous qui, pas à pas, fit jaillir de l’impensable la hauteur de l’ivresse qui ne se prononce qu’à demi-mots.

 

-

 

Fleur qui ne conserve qu’une maille d’amour, tel est le fruit que je porte au vent.

-

 

De tout ce qui est lointain l’origine se fonde, le gouffre et la bouche de feu que le langage humain ouvrage d’absence et de hauteur, jusqu’au seuil récusant de la durée qui ouvre et émerveille.

 

-

 

La pensée vibrante des eaux fluviales, c’est un peu ce néant qui se réapproprie l’espace fissible de l’enfance.

 

-

 

On reproche aux cieux ce que le coeur égare.

 

-

 

Il y a dans l’instant une éternité qui foule le pas de tout silence. Enfin, je n’acquiescerai plus, providence, monarchie! je reviendrai dans le regard qui admire; cause est de paraître ineffable au soleil.

 

-

 

Songe aux terres idéales, à ces fenêtres de l’âme ouverte comme un fruit d’aube, songe à la voix qui t’accompagne, à ce murmure d’orage qui délaisse le silence des ponts.

 

-

 

Être dans le souci de l’alouette qui coulisse son envol lorsque rétive la saison d’avril épointe son glaive.

 

 

-

 

C’est dans le feu du partage que vivent nos plus anciennes réticences, celles qui dans l’effroi d’un coeur de crête porteront la mémoire océane et le fini des cieux.

 

-

 

La main ne peut se saisir comme conscience mais sa faconde de peupliers lui assure le don de s’aventurer dans le vide bâtisseur du regard, regard qui pour une main se ferme.

 

-

 

Rude soif de la margelle; l’aveugle apporta l’eau et le feu se révéla plus dense que la pierre fatigue des clartés.

 

-

 

Il ne sut pas accroître l’éclair de leurs visages, et sa seule victoire s’ouvrit dans un espace d’infamie où l’échec accompagne la flèche qui foudroie.

 

-

 

Il n’est plus l’intemporel puisque je l’aperçois - dans le souci des flammes refermer l’orage- sur la façade des heures.

 

-

 

Puis la transparence l’éloigna de tout vertige, sa main si nette dans le contour du miroir avait maintenu la solennité incantatoire qui le poussait à suivre le haut village des brumes.

 

 

-

 

Muraille jusqu’au martinet qui exploite mon doute et mime l’hirondelle dans le désordre d’une voix.

 

 

 

 

Par Tafani Patrick - Publié dans : LE JEU PERDU
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