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LE JEU PERDU
Le songe cisèle la nuit, lui donne sa nuptialité, ses étoffes de palissandre, ses soies de bois rouge, son flacon de myrte, ses parois de corymbe; jeune femme nue qui passait autour de ses bras, prisonniers de leurs rêves.
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Crypte et hypogée sont des bouts d’horizon que d’autres yeux morcellent dans l’attribut de nos infamies.
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Ce lieu où les ponceaux, comme la neige, se dilacéraient dans l’humiliation des grands cyprès et des cimes abusives, ce lieu était ma royauté.
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Partout où nous allons, partout où nous désirons, partout où nous poursuivons, partout où nous nous écartons, l’homme.
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La mer blanche sur les confins de ton ancien visage, aujourd’hui livrée à sa conscience naturelle, si peu visitée, si peu apprise qu’une montagne apparaîtrait comme une ligne glacée et cassante; si tu n’étais pas venu, Emmanuel Lévinas, dans l’éternel de l’homme vivre et revivre, le visage qui patiemment s’absente et patiemment revient.
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Jour, et ce fut le corps absent qui s’éprit de l’oeuvre des pierres; la main en voussure désigne les nuages, l’écriture fuyante dans le calame des eaux.
Jour, et ce fut l’ouvrage, la matité des astres , la noirceur cannibale du nombre, l’infini assiégé, piétiné, dans la liesse des troupeaux.
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Avant tout, ne plus être ce que nos yeux désirent, ce que nos bras déchirent, la cépée ou l’arbre lige, avant tout, ne plus être ni l’échange ni l’adieu.
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L’effort et son feu, mer entière ouverte à la vie, c’était donc cela le règne qui commençait, cette part d’ange qui montait, cette terre qui se morcelait, belle comme un désir inattendu; un désir qui advient dans le bleu de l’orage.
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Quelle tristesse peut nous traverser dans le simple mot de la larme qui décline vers le soleil de demain ?
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Le bois chuchote, la forêt se tait, le cavalier s’avance, le précipice s’éloigne... Il est des bonheurs où le silence se brise.
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Épiage, lorsque nos corps se courbent dans l’insigne des blés.
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Poursuivre était le don des dieux et quelques hommes possédaient ce don, jadis où le feu courait dans la mer, où l’arbre couronnait les archipels, où le bleu du lointain se nouait sur le fruit rouge de l’aube promise, où la fleur naissait mouvante et loyale, jadis mers et dieux avaient ce don; le don inexprimable de vivre.
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... Et mourir comme un devoir inaccompli, prouesse de l’oeuvre désassombrie, les grandes mémoires aux portes de l’abandon, jamais semblables dans leurs pouvoirs d’effacement; densité de l’oubli.
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Chercher l’ombre dans le pas essentiel des ailantes, là où la Nesque se conçoit dans le feu des vignes et la ligne audacieuse du cerisier.
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Comment peut-on éprouver les mêmes mots, le bleu de Brantes, l’arbre de Parmélie, et être si différents ?
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Il y a dans ce pays une odeur de silence. Se taire et s’asseoir. Tourner le regard puisqu’il est là, à côté de moi.
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Le retour, et la source impérieuse du chemin, la robe courte de l’alliance, nervure dans le silex de la nuit, étiage voilé du soleil des fontaines, la roche émargée de lumière et de ronces, le retour d’être le facétieux fiancé de la Nesque.
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Périssables, nous étions le fleuve parmi le fleuve, le geste fourbu et la tempe vertigineuse happée par la craintive vallée; ivresse mal venue, il n’existe rien qui ne soit ressaisi et digité, mains et vents poussés par d’autres vents.
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Tout ce qui clôt un univers est un espace de malédiction, une éternité précative qui s’arroge une non-éternité dans le sillage usurpé de saisir ce qui ne s’exprime pas; l’indicible lumière dans sa volonté de voir...
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On ne regarde jamais le ciel, on stigmatise seulement le solaire et l’étoile, qui quelquefois nous portent dans les confins des larmes, sur un chemin de nuit qui ouvre les yeux.
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L’abîme convoite l’abîme comme une réalité s’étiole dans l’adret de l’illusion.
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Du zéphire des yeux proviennent les ouragans.
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Au seuil du monde, qu’importe les masques qui bleuissent le désarroi de nos vies absurdes.
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Est-il entier ce risque que l’on cache sous le maraudage des fleurs ?
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Le coeur recevable est le coeur ourlé des feuillages sourciers que le vent lévige dans la mémoire de l’enfant.
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Sache que rien ne s’épuise si ce n’est le ressassement du mot sur le mot.
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Pour tenir l’extraordinaire, abolissons le hasard et laissons venir la cause munificente où le jour avancé sera ce que la nuit devient.
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La vallée avait toute la force du ciel entre ses mains; nouaison, elle offrait son pas aux heures qui se déjugeaient sous le fin sillon des paroles retenues. Là se perdait l’abrupte intrication de l’âge, le mordant des couleurs sur le bleu sécable de la pensée, et la lourde porte où se pressent les aveux épris de la jeune fille de Monieux.
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Dans un palissandre de lune, les fontaines sentirent vivre la fulgurance des astres anciens, et l’âpreté du monde eut à se souvenir de cette immensité où les fontaines se firent buveuses sous le regard des grands tilleuls.
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Quelques chevaux balzans nous donneront l’autorité de vivre, ainsi portés par l’infinité nuageuse et le règne fluvial, nous saurons lutter, et le péril viendra de nous.
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