Samedi 19 avril 2008

 


  
                                                                                              Tous droits réservés. T. P.
            

         
     
LE  JEU  PERDU

 

 

 

 

 

 

 

Ce qui change, ce qui ne change pas, fusion et union et entr’aide, toutes les espèces d’utilité, pour toutes les espèces de beauté; rien n’est beau qui ne soit habité d’abord par la vie et la vie librement circule, se créant sans cesse de nouveaux séjours et lieux de séjour.

                                                                                                                                                                              C.F. Ramuz

  

 

 

 

 

 

 

La neige sans l’embrasement des cimes, tel est le risque.

 

-

 

La mort si consciente de son âpreté succède au futur tardif si lucide dans son incompréhension.

 

-

 

L’horloge s’épointe, les cordes sont fixes, sueur d’étoiles proche du grand pavois crépusculaire; le dernier signe de la montagne; le factieux tenant la bride des chevaux noirs; ainsi se crée dans le feutre et la boue, la nuit faciale.

 

-

 

Les arbres ont si peu appris que tout est spacieux dans leurs façons de se mouvoir, lorsqu’ils s’élèvent et lorsqu’ils se penchent.

 

-

 

Aimer se conjugue avec l’évidence de l'ambiguïté, nous jouons d’oxymore comme une bête dans le langage de la pensée.

 

-

 

Je me tiens à la nuit, à ses merveilleuses perfidies, qui vous dessinent des astres de colère sous le parloir du jour et la probité d’un vent équanime.

 

-

 

Le regard lointain porte l’épreuve au seuil de tes mains.

 

-

 

...Et si peu encore; la décrue de tous les voisinages, l’adieu pressentant le retour de l’oriflamme, l’oblique où se forgent les cyclones blancs des oracles, et si peu encore le long sillage de tous les regards, pollens de l’envie sous la lourde futaie, écorce argileuse dans la cataracte des nuages.

 

-

 

Mon rêve et mon néant, ma complicité inattentive; l’oubli du ciel, le désastre avancé; multitude de l’absent, solsticial en son poignet lorsque la vie, de cime en cime, se montre si forte...

 

-

 

Peuple de mon abandon, pourtour des nuages où le torrent s’évide, large échancrure plissée dans l’octroi d’un embrun pluriel, ô croire continûment à ce métissage où feule la baïne! l’ennui de l’inouï...

 

-

 

L’illusion si probe dans sa tournure de boue.

 

-

 

On ne se donne à rien mais l’on s’éprouve à la lame du couteau.

 

-

 

L’acier le plus voluptueux et ton coeur, l’audacieux sens du récif, comme un univers clos boit la chimère fluviale des abîmes.

 

-

 

D’autres pays où tu semblais libre, où tu semblais vivre, d’autres pays juste entre le proche et le lointain, dans cette médianité rugueuse d’un signe qui ne se prononce pas, étoile des palamides conciliant le duel de la mer avec l’ouvrage du temps.

 

-

 

C’est bien peu de chose une fontaine; une vasque que des mains ont pétrie, amoureuses peut-être de cette ruelle qui instaure la Nuit.

 

-

 

Mille chemins mais un seul pas; c’est ainsi que l’on renonce à l’errance traversière, au nomade qui ne dit mot.

 

-

 

Soleil dans le canal des rues, soleil froid sous la brasure des pastels, entre le faux bleu et l’ombre absurde des ponts.

Murailles des corps ballottés au firmament polaire, c’est la longue guerre des pouvoirs déclinants, l’esclave repoussé dans le lointain de son oubli; le soleil croulant dans le canal des rues.

 

-

 

Astre bluté par le pavot des cieux, où s’effondre la générosité, l’âpre désir de donner sans fin, sans fin ?

 

-

 

Et vous gardez le masque, aimables ligueurs, qu’apprendrez-vous la soutane bien mise, qu’il faut agir, agir, à l’étroitesse du firmament, l’espace nous couronnant ?

 

-

 

Se rapprocher, c’est puiser dans l’énergie de l’espace, c’est se confronter au visage lige des constellations, c’est s’appuyer sur le vide pour sentir l’incroyable force qui se noue, entre l’inconnu primordial et la conscience des chemins d’heuristie.

 

-

 

La marche peut être quotidienne et aride, mais l’ascension est fulgurante, semblable à ces oiseaux qui s’affilient aux ouragans afin d’instaurer entre ciel et terre le règne alcyonien du langage et de la pensée.

 

-

 

Territoire: le dicible divisé sous l’intensité solaire, arbre ingouvernable dans un sillon d’extrême gouvernance, parole biseautée pour ceindre l’acte exceptionnel définitivement aboli sur le glyphe merveilleux et munificent de la partance.

 

-

 

Qui peut nous étreindre dans l’échappée de l’azur; ce don qui peuple les forêts, ces villages de pierre pigmentée d’orangers, dans l’effort de leurs corps toute la multitude des chemins semble s’être rassemblée, grande symphonie d’un monde si nouveau pour nos souvenirs ?

 

-

 

Dans le désert un océan se souvient et la soif lui monte au coeur, mélange de ce jaune acide avec le vert de la source.

 

 

-

 

Coquillage aux laitances d’orgueil, la main vous cherche dans les replis d’un nuage, dans le tressaut d’une vague, coquillage suranné de sable et de limpidité, vous attirez l’oiseau faiseur de ciel, le regard du monde, la sieste du veilleur, lorsque les mille soleils descendent sur le trait bleu.

 

-

 

Lorsque l’on aime, qui apparaît si proche, si lointain ? Le coeur n’est plus tournoiement et la main s’immisce dans l’univers, le corps luit sur le diamant des eaux, la porte est ouverte et elle bat; lorsque l’on aime le proche et le lointain, qui apparaît au-delà de l’inespéré ?

 

-

 

Tous ces mots d’aurore qui se souviennent du langage terraqué de la nuit; visage de l’oiseau dans ces lendemains fulgurés qui éclipsent les lignes de l’orage...

 

-

 

Mille raisons dans ma façon d’y croire, c’est ainsi que le bleu de conscience s’échange, de forme en forme, jusqu’à l’épuisement d’un feu aux lignages éteints.

 

-

 

Comme un ruisseau qui part dans l’avenir de la mer, je ne vous regarderai plus, et l’abondance viendra de ce belvédère où quelques chiens vous laisseront encore passer.

 

-

 

Une perte de pensée qui ne s’arrime plus à l’impensable, telle est l’abdication du jour et de la nuit.

 

 

 




 

 

Par Tafani Patrick - Publié dans : LE JEU PERDU
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