
AVANT
LE TEMPS
(Extraits)
Nous sommes poussés. L'ennemi est à portée de souffle, dans la gorge, le ventre, sur le litige des
épaules, sur le faste des mains.
Lapidaire, elliptique, l'ennemi s'étonne, l'ennemi paresse, s'essouffle et reprend haleine.
L'ennemi ton maître, ta méfiance avec si peu de défiance, cet ennemi, ami, qui ne ressemble qu'à toi.
…
Les vignes où nos souvenirs retiennent les lices. Pensives les longues allées à peine labourées
délivrent le souffle des dernières vendanges sifflées par l'éclair traînant qui monte de la terre.
Un tissu de soie sur un visage d'abeille: la phrase ruineuse qui ouvre ses coffres.
…
Le temps qui casse le temps, le rend hors-temps.
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Pour des pages déjà écrites soyez l'indulgence, le rire de l'enfant sur la balançoire de l'azur,
le clignement des yeux dans le tympan du soleil, la douce rivière tumultueuse gravide sur ses rivages, l'épiage dans le désastre de la moisson.
…
Ce vert succédant au vert et devenant le mauve de l'orage.
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Tout temps impose son cadran solaire. Des vides entrelacés forment la viscosité du charme
quantique. Si lointain que la conscience se révèle plus lointaine.
…
Foudre et ivresse
Pauvre et riche Duc de Clarence qui voulut mourir dans un tonneau de malvoisie et qui mourut
ainsi.
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Proche l'absence, proche comme une main se lève et soustrait le temps à sa capacité de fuir.
L'absence inclémente qui grandit à mesure que l'on s'éloigne, et que l'on garde invincible en soi lorsque les autres s'en libèrent, insolemment.
Injustice? Je ne sais et ne veux savoir. Une feuille encore vivace se détache et tombe dans le
lac. C'est une absence aussi pour la multitude de la vie, feuille d'un vieil arbre rejoignant le fond insondable d'une calme conscience qui appelle et appellera toujours.
…
La nuit bouillonne de larmes et mon sommeil abstrait cherche les lumignons d'une paradoxale
censure.
La vacance renoue ses hébétudes non dissimulables pour l'écriture.
Le repas homérique est donné; je vois s'attabler des visages écrêtés qui reviennent d'un été
lacérant.
Fuyance. Allons aux collines, la mémoire est un aigle, elle cimente les cieux. Allons au delà de la mémoire, au delà de la voûte, un empire ne s'y pose pas mais tout un rêve afflue de mille rêves et
se répète; rêve, rêve, rêve...
Indéfiniment dans
l'univers.
…
"Tu avoueras dans le cloaque de ton mensonge, jusqu'au bannissement, jusqu'au
bûcher".
Ainsi jasaient les bons prêtres de l'inquisition. Mais est-ce vraiment jaseries de prêtre et
manières d'inquisition? Ne serait-ce pas là des paroles de tous les jours, portables à souhait?
…
Qui mieux que la musique nous invite à quitter les mots, à demeurer libre dans une impénétrable
nuit-oxymore, et qui mieux encore, nous invite à revenir sur quelque mot imprévisible dans un pérenne déséquilibre qui blute l'intime et le lointain?
Ce lointain ricochant en prodige sur les timbales, les violons, les cors et les hautbois, ce
lointain accouru sur la baguette du Maître et traçant dans les blanches et les noires un arc-en-ciel de feu, aussi haut qu'une aiguille montagneuse laisse se dilater les intimes
alcyoniens.
…
Crainte du sommeil
abusif
Si tu écris sans dépassement, ton écriture sera vite érodée, séchée, délitée... De cette roche
poreuse et ballottée, il ne restera que reste de sable et cette banale chronologie qui de poussière en poussière réciproque et prolonge le désert.
…
Très largement imprégnée de grandeur la timidité des cimes.
…
Arsenal minier que le critère de penser.
…
On nous aura déshumanisés lentement, lentement afin que l'homme oublie tout le faisceau de lumière
qui le fondait, l'originalité qui le portait, la lutte plénière qui l'anoblissait, la clef de voûte qui le construisait.
Où trouver le gué, l'ami, la pierre du franchissement, le dépliement du monde?
Les nouvelles aurores, celles qui sont hors-destin auront notre dilection, notre nudité. Et de
jour en jour, sous un ciel silencieux, tout le ramage merveilleux des hôtes de la vie, lentement, lentement se fécondera.
…
On ne peut le matin s'ouvrir à l'enthousiasme et le soir se fermer à l'enthousiasme.
Paradoxalement il y a des mots imprononcés dans la conscience. Ce sont des
mots-miroir.
…
La stupeur continuelle; la vie traversée. Où s'infonde l'instant. La flamme d'une bougie en
libration du regard.
…
Incorrection. Les mots s'appauvrissent dans toutes les formes du langage. Brasure avec la tige
d'appoint pour une soudure idyllique. L'âme et le corps.
Rendre le corps à l'âme, l'âme au corps, la grande réconciliation, la mythique épreuve de la vie
lorsque la vie s'éprend de la vie.
Incorrection. Mais qui surprendre dans cette corolle neigeuse et astrée? Nietzsche dans l'appui
matutinal de Kierkegaard?
…
Le feu et la hache du père, amandier longue blessure, branches tronquées où s'insère le travail
guerrier de l'insecte. N'est-ce pas ainsi que la vie continue son oeuvre?
Mon bel amandier, j'ai souvent côtoyé la pauvreté de ton ombre, soleil de l'effroi. Patiemment et
le dos tourné aux étoiles, j'ai retiré le feu et laissé meurtri la hache du père.
…
Coupable de quoi? Vous aviez assemblé l'orage, ses mille éclairs, ses poings de paresse, ses
cuirasses d'ivoire, son jeu d'horloger, ce fou dérèglement de la grande aiguille passant les heures au crible des solstices émargés de colère retenue.
Coupable de quoi? A couvert, sous les grands cerisiers; le mahon abrite sa chimérique rougeur. Un
profond labour sans feuillage et sans cheval de trait fume dans l'hiver des grillons. Le passé crie au midi des parchemins.
Coupable de quoi?
…
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