ANDRÉ DE RICHAUD OU LA FOLIE
EXTRAORDINAIRE
Homme de l’équinoxe et des neiges d’été, étole des jeunes filles où se tisse la toile d’argent du papillon fourbu, jamais autant d’abîmes sous le silence des hauts versants.
L’absence inconditionnelle de ceux qui vivent parmi les anges. Ce songe est imparfait, accroché à d’immenses territoires tenus par une seule main, main blessée contre le rocher de l’incroyabilité, la main d’André de Richaud.
Faut-il aujourd’hui la garder contre son cœur comme un grand oiseau épris d’une liberté de dormition ? un grand oiseau démultiplié pour une seule demeure ; la montagne de tous les vents.
Puis il y eut la pierre et ce dessin dans le ciel, le voir et le parlé erraient toujours sous un aspect de sang glacé, derrière la valeur des chemins jouait la péninsule du silence qu’un autre silence plus lointain apprivoisait à la rumeur qui ne devait rien aux caravaniers de l’écho. Et après ?
Cœur éclaté déjà et sans tache pour l’invisible titubant des rivières heureuses, pour ce feuillage d’aujourd’hui augmentant en blondeur les labours d’autrefois, tout un hommage d’épiage et de tremblement venu du bord des lèvres, du bord des yeux, où se referme le vrai visage, le visage du mot et de l’ombre aussi saisissable qu’insaisissable. Et après ?
André de Richaud ne revient pas sur ses pas ; la Fontaine des lunatiques c’est la jeunesse splendide et effondrée, le sang et la saignée, une musique exprimant l’inexprimable, un nu penché presque enivré, une saisie d’espérance, une stupeur dans l’argile ou le miroir. Et après ?
Les temps demeurent comme les tonnerres font face au soleil, dans la poche du ciel un mouchoir rouge reste attentif à la blessure qui se dérobe à la souffrance du cœur, à la main, à l’or des fontaines. Et après ?
Après, la musique extraordinaire de tout un monde revient, et le ciel fou encore très bleu, s’apparente à la nuit.
Jour, et ce fut le corps absent qui s’éprit de l’œuvre des pierres ; la main en voussure désigne les nuages, l’écriture fuyante dans le calame des eaux.
Jour, et ce fut l’ouvrage, la matité des astres, la noirceur cannibale du nombre, l’infini assiégé, piétiné, dans la liesse des troupeaux.
Nuit des ornements imprémidités sur la terre innocente à l’orée des bannissements, le vieil usage dans la peau des loups ; le feu de la horde et ce jeu imprécis qui demande au silence sa fierté implacable. C’est la béance, le plein empire froid et dérouté d’André de Richaud.
Une jeune mariée avait peut-être bu l’or des fontaines, sur ces chemins aux couleurs orangé près de cette ancienne demeure où s’instruit l’ébloui, où se perd comme la vie, le matin décisif.
Et le hasard avait pointé, comme une insolence parmi les anges, sa nécessité, sa course anormale à travers l’inconnu, son risque virginal d’attente et de beauté.
André de Richaud en équilibre sur plusieurs mondes, vers les crêtes ouvertes et tranchantes de Novalis ; mondes émondés du langage, névés éternels pour un glyphe-vertige résolvant toute la ligne alchimique des douleurs non écrites, des douleurs non pressenties.
Les deux ombres rieuses d’André de Richaud ; la peur et l’aveuglat issus d’une rixe hasardeuse où tout a été compté au plus près de l’effroi, des forêts et des combes. Brouillard couché dans le ventre des saisons, brouillard seul advenu pour une clarté de neige, une opacité d’oiseaux merveilleux, un linge tendu à l’extrémité du vent, ce vent aussi puissant qu’un sommeil de forçat.
Les pluies sont venues bien avant l’éclair, abeilles et escarboucles se succédant comme une mer en fusion réinvente en pensée l’immensité et la profondeur des vaisseaux de pierre qui s’enfoncent dans la terre.
Et puis il y a la nuit, la nuit sans lisière, là où tous les arbres de la forêt s’ébranlent et marchent comme une armée en rupture, vers le désert des étoiles.
Le Prince était donc venu. Il s’était assis près des remparts de Sault, sur ce rivage de haut lignage, et avait laissé à l’enfant bleu ses souvenirs futurs qui lui donneraient enfin la parole ; la parole silencieuse et sauvegardée.
D.R
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