Lundi 22 juin 2009











ANDRÉ  DE  RICHAUD  OU  LA  FOLIE  EXTRAORDINAIRE




 

 

 

 

  Homme de l’équinoxe et des neiges d’été, étole des jeunes filles où se tisse la toile d’argent du papillon fourbu, jamais autant d’abîmes sous le silence des hauts versants.

 

 

 

  L’absence inconditionnelle de ceux qui vivent parmi les anges. Ce songe est imparfait, accroché à d’immenses territoires tenus par une seule main, main blessée contre le rocher de l’incroyabilité, la main d’André de Richaud.

  Faut-il aujourd’hui la garder contre son cœur comme un grand oiseau épris d’une liberté de dormition ? un grand oiseau démultiplié pour une seule demeure ; la montagne de tous les vents.

  Puis il y eut la pierre et ce dessin dans le ciel, le voir et le parlé erraient toujours sous un aspect de sang glacé, derrière la valeur des chemins jouait la péninsule du silence qu’un autre silence plus lointain apprivoisait à la rumeur qui ne devait rien aux caravaniers de l’écho. Et après ?

  Cœur éclaté déjà et sans tache pour l’invisible titubant des rivières heureuses, pour ce feuillage d’aujourd’hui augmentant en blondeur les labours d’autrefois, tout un hommage d’épiage et de tremblement venu du bord des lèvres, du bord des yeux, où se referme le vrai visage, le visage du mot et de l’ombre aussi saisissable qu’insaisissable. Et après ?

  André de Richaud ne revient pas sur ses pas ; la Fontaine des lunatiques c’est la jeunesse splendide et effondrée, le sang et la saignée, une musique exprimant l’inexprimable, un nu penché presque enivré, une saisie d’espérance, une stupeur dans l’argile ou le miroir. Et après ?

  Les temps demeurent comme les tonnerres font face au soleil, dans la poche du ciel un mouchoir rouge reste attentif à la blessure qui se dérobe à la souffrance du cœur, à la main, à l’or des fontaines. Et après ?

 Après, la musique extraordinaire de tout un monde revient, et le ciel fou encore très bleu, s’apparente à la nuit.

 

 

  Jour, et ce fut le corps absent qui s’éprit de l’œuvre des pierres ; la main en voussure désigne les nuages, l’écriture fuyante dans le calame des eaux.

  Jour, et ce fut l’ouvrage, la matité des astres, la noirceur cannibale du nombre, l’infini assiégé, piétiné, dans la liesse des troupeaux.

 

 

 Nuit des ornements imprémidités sur  la terre innocente à l’orée des bannissements, le vieil usage dans la peau des loups ; le feu de la horde et ce jeu imprécis qui demande au silence sa fierté implacable. C’est la béance, le plein empire froid et dérouté d’André de Richaud.

 

 Une jeune mariée avait peut-être bu l’or des fontaines, sur ces chemins aux couleurs orangé près de cette ancienne demeure où s’instruit l’ébloui, où se perd comme la vie, le matin décisif.

 

Et le hasard avait pointé, comme une insolence parmi les anges, sa nécessité, sa course anormale à travers l’inconnu, son risque virginal d’attente et de beauté.

 

André de Richaud en équilibre sur plusieurs mondes, vers les crêtes ouvertes et tranchantes de Novalis ; mondes émondés du langage, névés éternels pour un glyphe-vertige résolvant toute la ligne alchimique des douleurs non écrites, des douleurs non pressenties.

 

 Les deux ombres rieuses d’André de Richaud ; la peur et l’aveuglat issus d’une rixe hasardeuse où tout a été compté au plus près de l’effroi, des forêts et des combes. Brouillard couché dans le ventre des saisons, brouillard seul advenu pour une clarté de neige, une opacité d’oiseaux merveilleux, un linge tendu à l’extrémité du vent, ce vent aussi puissant qu’un sommeil de forçat.

 Les pluies sont venues bien avant l’éclair, abeilles et escarboucles se succédant comme une mer en fusion réinvente en pensée l’immensité et la profondeur des vaisseaux de pierre qui s’enfoncent dans la terre.

 Et puis il y a la nuit, la nuit sans lisière, là où tous les arbres de la forêt s’ébranlent et marchent comme une armée en rupture, vers le désert des étoiles.

 Le Prince était donc venu. Il s’était assis près des remparts de Sault, sur ce rivage de haut lignage, et avait laissé à l’enfant bleu ses souvenirs futurs qui lui donneraient enfin la parole ; la parole silencieuse et sauvegardée.






 

 

 

 

 

                                                                                                                 D.R

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Tafani Patrick - Publié dans : ANDRÉ DE RICHAUD OU LA FOLIE EXTRAORDINAIRE
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Dimanche 24 mai 2009







 

                                                             L'éphèbe



                                                                       LE  PASSER  OUTRE



 J'étais sans défense devant cette figure qui, assise tranquillement à ma table en considérait la surface. Je tournais autour et me semblait étranglé par elle. Autour de  moi tournait un troisième personnage qui se sentait étranglé par moi. Autour du troisième tournait un quatrième qui se sentait étranglé par lui. Et cela se poursuivait ainsi jusqu'aux mouvements des astres et au delà. Toute chose se sent serrée à la gorge.

                                                                       Franz Kafka


 

 Il faut faire la différence entre l'oeuvre de sang et l'oeuvre qui parle excellemment de sang.

                                                                    Roger Van Rogger


 La vie passe comme un éclair
 dont la lueur est à peine saisissable;
 dans leur stabilité, terre et ciel persistent indéfiniment,
 mais le temps qui vole effleure le visage de l'homme et le change.
 O toi qui sièges devant une coupe remplie et ne bois pas,
 Dis-moi: qui donc attends-tu ?

                                                                      Hermann Hesse



 Pourtant, je me souviens: quand j'étais triste, découragé, sans goût ni estime pour personne et surtout pour moi-même, quand j'étais prêt à renoncer à l'effort, à me laisser vivre facilement, petitement, bassement, je me disais: "Il y a Mermoz... il va revenir par-dessus l'Atlantique... De lui, de lui seul, j'aurai honte. Il va revenir, il ne me refusera pas un peu de sa vertu".

                                                                        Joseph Kessel


 
 Plus l'ombre est précise, forte, inévitable, plus on a la chance de faire vite, clair, foudroyant.

                                                                       Nicolas de Staël



 Dans ces drames l'homme est toujours un être composé de contrastes: et la destinée en tire les effets les plus imprévus dans des antithèses subites; toutes les idées sur la vie sont vaines et inconsistantes, parce que chaque idée appelle, avec son contraste, la conséquence opposée à celle qu'on attend.
 
                                                             Hugo Von Hofmannsthal




 Oui, la rivière est profonde, et vastes et paisibles sont les eaux de mon enfance, dans un royaume que j’ai crû quitter il y a longtemps. Tous les chevaux du roi y pourraient boire ensemble à l’aise et tout leur saoul, sans les épuiser ! Elles viennent des glaciers, ardentes comme ces neiges lointaines, et elles ont la douceur de la glaise des plaines. Je viens de parler d’un de ces chevaux, qu’un enfant avait amené boire et qui a bu son content, longuement. Et j’en ai vu un  autre venant boire un moment, sur les traces du même gamin si ça se trouve - mais là ça n’a pas traîné. Quelqu’un a dû le chasser. Et c’est tout, autant dire. Je vois pourtant des troupeaux innombrables de chevaux assoiffés qui errent dans la plaine - et pas plus tard que ce matin même leurs hennissements m’ont tiré du lit, à une heure indue, moi qui vais sur mes soixante ans et qui aime la tranquillité. Il n’y a rien eu à faire, il a fallu que je me lève. Ça me fait peine de les voir, à l’état de rosses efflanquées, alors que la bonne eau pourtant ne manque pas, ni les verts pâturages. Mais on dirait qu’un sortilège malveillant a été jeté sur cette contrée que j’avais connue accueillante, et condamné l’accès à ces eaux généreuses. Ou peut-être est-ce un coup monté par les maquignons du pays, pour faire tomber les prix qui sait ? Ou c’est un pays peut-être où il n’y a plus d’enfants pour mener boire les chevaux, et où les chevaux ont soif, faute d’un gamin qui retrouve le chemin qui mène à la rivière. . .

                                                                Alexandre Grothendieck




 Dans un grenier où je fus enfermé à douze ans j'ai connu le monde, j'ai illustré la comédie humaine. Dans un cellier j'ai appris l'histoire. À quelque fête de nuit dans une cité du Nord, j'ai rencontré toutes les femmes des anciens peintres. Dans un vieux passage à Paris on m'a enseigné les sciences classiques. Dans une magnifique demeure cernée par l'Orient entier j'ai accompli mon immense oeuvre et passé mon illustre retraite. J'ai brassé mon sang. Mon devoir m'est remis. Il ne faut même plus songer à cela. Je suis réellement d'outre-tombe, et pas de commissions.

                                                                         Arthur Rimbaud 

 

Que tu dois être belle ma Sorgue aujourd'hui en fin de poésie, vers mes anciennes écritures aimées par les Dieux, dévot rebelle parmi les vertiges menaçants et mes oiseaux aux ailes de bois qui retombent toujours, que tu dois être belle ma Sorgue aujourd'hui en fin de...

                                                                            Patrick Tafani



Que le risque soit ta clarté.

                                                                               René Char



Parvenu au soir de sa longue journée, le laboureur des champs de l'esprit n'éprouve que sa propre fragilité.

                                                                    Achim Von Arnim

 
 

Par Tafani Patrick - Publié dans : LE PASSER OUTRE
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Vendredi 20 février 2009



 



 

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BESTIAIRE  DE  LA  MAUVAISE  MAIN 


La naissance du monde, Rodin l’a reformée dans la Main de Dieu,  mais Camille, minutieuse, lui a donné le souffle de l’amour…

 

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On ne se soucie plus de l’incroyable épiphanie de l’éternité. Sur le Quai aux fleurs rôde pourtant la ciselure des matins frais ; parapet de l’audace où la main s’essaime à la préhension creusante du philosophe.

Une plaque ne peut rien dévoiler de décisif, en terre d’étonnement seul le regard nu est un éclair, un éclair apposé.

 

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Une émotion chaude c’est le signe continuel de notre rencontre ; le hasard n’y est pour rien.

 

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D’un seul bloc l’éclair dispersa sa folie primitive et tomba dans l’abîme face au volcan qui mordait les abysses.

 

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L’arbre en feu avait jailli des profondeurs du lac, une saison s’effondrait comme s’effondre la magie de la première fois. L’instant difficile avait disparu et le ciel dans le kairos de sa voix avait ouvert les portes du labyrinthe.  

 

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Qui mieux que la pierre éprouve la pensée?

 

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Cette merveilleuse fulguration pénétrée par le marbre se répercutait encore dans la partance éphémère de la main, et la blessure donnée au regard ne menaçait aucune partie de l’étreinte vitale. C’était un vide rempli par l’indicible beauté tombée de ce vide.

 

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La Mort pourrait être blanche avec ce colossal désir d’atteindre encore la blancheur de la vie comme la poussière immaculée et naturante du jardin des Tuileries.

 

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Ce que les yeux ne verront jamais mais que l’esprit apercevra admirablement saccadé et en plein regard.

 

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Un peu comme on agite le bras pour un au revoir qui deviendra affaibli, un adieu.

 

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Sur l’écume bleue des chevaux, sur le visage hasardeux de la grève, vers ces pays sans contour et terriblement formés, bâtissent les sables.

 

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Il était totalement seul, et s’il avait été un vrai rêveur, il aurait eu le droit de faire un rêve beau et profond, un rêve que nul n’aurait compris, l’un de ces rêves longs à l’infini, sur lesquels une vie entière peut passer comme un jour.[1]

 

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Silence à la lisière de l’Ombre et des cieux en perdition, des mystères trop mystérieux, la ferveur de l’homme mortellement heureux.

Si brève en brévité cette épaisseur du temps maintenue par un temps éclair sur la palette débottée de Claude Lorrain. 

 

 

 

 

                                                                                                     Janvier 06 -  Août 08

 

 

   

 

 

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[1] Rainer Maria Rilke, Rodin. Traduction de Catherine Caron.

Par Tafani Patrick - Publié dans : NUIT
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Vendredi 20 février 2009





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BESTIAIRE  DE  LA  MAUVAISE  MAIN



Le chemin en flammes était le jaloux qu’il fallait bâillonner coûte que coûte afin d’être dans l’arasé du corps le chemin ruineux d’une future conscience.

 

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Dans la conscience se joue toute l’interprétation du monde. Le désarroi, l’ambiguïté, l’aliénation, se trouvent ici comme piégés par la magistrale clôture de la Parole qui s’établit d’elle-même comme le hasard emporté par le réel nécessaire.

 

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Nous sommes compromis, c’est notre point tragique parmi le fondant de la Nature et notre solitude fondée à décrire en lambeaux tous les possibles du temps.

 

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Le langage dans notre corps fait partie des grands festins lapidaires qui réciproquent les mobiles de l’existence. Une pierre cicatrise la béance du silence solaire, rend plus fiduciaire la marche inévitablement acérée de l’éclair.

Lointain comme un ami annoncé, le dialogue s’éprend des jeux malheureux de la Providence puis devient aristocratiquement dépositaire d’alluvions prolifiques au feu. C’est ainsi que se resserre le nœud de la liberté entre le poignet et la gorge.

 

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En essaim ou en essaimage, tels sont les Dieux ni changés ni inchangés à la nervure tellurienne du ciel.

 

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Yves Bonnefoy et l’allée des Busclats

Par l’imperceptible où se cache et se dévoile l’affection en mesure infiniment mesurée.

L’improbable et l’abeille des destins pressentis par la tige du refus et l’attente de Caromb ; des pères et des amandiers.

 

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Lézard inapproché de mes murailles, mer encore plus profonde qu’un abîme, et ce vent de ruchers émietté par la plane des abeilles bleues, villages hauts et silencieux régnant dans les vignes, révoquant l’étiage et la barque échouée ; tout peut-être a été dit ; parole bue sur le sillage des oiseaux et le partage des Sorgues pour qu’une source demeure en amont de la soif.

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Là-bas avant que toute fatigue ne nous retire le désir de là-bas.

 

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La courtisane de Méthamis

Sa gorge où coulent toutes les rivières de l’enfance et du merveilleux et où sourd sans attache la munificence des forêts.

 

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Lecture après lecture la somnolence peut nous poursuivre tout le long d’une vie, puis l’effroi, qui nous surprend à somnoler encore dans le saut de l’éveil…

 

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A l’âge où l’on éteint la lampe.

    

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Ils ont accompli le miracle des mots, le miracle de la couleur. De vieux villages de Vaucluse s’en sont souvenus comme on jette une armure pour se battre à main nue.

Leur silence était si noble qu’ils parlaient à tous, la montagne insistait et ouvrait des brèches dans le ciel.

Hors cadastre les bras et le regard portaient l’eau au sommet qu’un homme simple avait déposé au bord du chemin.

 

 

     -

 

Cette fatigue qui m’observait du dehors possédait la force hirsute de la grandeur ; je m’y attachais imprudemment. Mais une autre plus labile avait choisi le cœur irréel de ma pensée et semblait s’y reposer à loisir, comme un enfant effronté se rit de sa conduite.

 

     -

 

Il serait peut-être temps mais il est un village où sur le parvis de ma joie un pas ténu résiste, résiste…

 

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A la tombée près de Carpentras je cherchais encore un bout de terre bleue, un Magritte victorieux  pour courir éperdument parmi l’épiage des coquelicots.

 

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Je songe aux premiers instants de la Nesque lorsque amoureux du ciel  et creusant le balandran de l’éclair l’eau dormante de mon futur fulgurait.

 

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Des morceaux peu efficaces de conscience collés à d’autres morceaux de conscience encore moins lucides et vous avez le grand livre ouvert de la pitrerie avec son marque page épris de damnation.

 

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Il existe l’ignorance de l’homme mais ne me dites pas que l’homme ignorait… L’alouette et la salamandre.

 

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Tissant dans la nuit des neiges bleues le vent imaginaire de l’île de Sein noyait sa danse par les haubans munificents de la mer.

 

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Sur les tristesses du ciel rêve le cormoran…

De l’épousée à l’intime lui seul connaît les défaillances de la nudité ; dénouant le frêle hommage des vents son silence résonne aux parois des échos, rêve le cormoran.

 

     -

 

Temps nuptial des guerres blanches où l’effort de la mer se falaise dans le colossal, temps des orages et de l’anéanti ; je suis l’homme arrêté.

Toutes vos couleurs magie de l’estran ; les hors de ciel, les enchaînées, les magnifiques caravanes sur de sublimes fenêtres noires, les ajoncs de l’ouvert et la gorge rouge des oiseaux de la terre ; je suis l’homme arrêté.

 

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Il y a des maisons de lumière blanche aux volets bleus et l’océan semble suspendu à une mémoire océane arasée ; rien ne peut s’ajouter à rien ; une ligne verte se succédant, sans drame apparent, à d’autres lignes vertes ; pli après pli.

    

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Pour un Jim Harrisson

Un colosse pulvérisant les mots et les mots retombant sans fracas en tache d’or, un tonnerre dévastant ces éternelles réunions de famille baignant dans leurs sauces pestilentielles de solitude et de létalité, un arrière regard martial fusillant les étoiles et riant à pleine tête de voir ces merveilleuses en perdre leur intensité, un visage à décuirasser les bellâtres chosifiés de la littérature, un visage à pourfendre la beauté débilitante des communs.

 

 

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L’écriture ne nous sauve de rien, nous victorieux d’un désastre et confusément trahis.

 

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Multiple et pour l’amour du seul qui vive.

 

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Dans sa nudité, profil aphoristique d’Emmanuel Lévinas.

 

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Afin que l’ineptie se propage en quelques mots : ma conscience concise complice des concordances concentriques.

 

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Double peine

Nous jouons dans la cour des nains sans le sourire de la vie.

 

 

Par Tafani Patrick - Publié dans : NUIT
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Vendredi 20 février 2009



 



 

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BESTIARE  DE  LA  MAUVAISE  MAIN





Pour Hans et Sophie Scholl.

Les bourreaux disposèrent de votre vie, mais la Rose blanche nul ne sut l’anéantir.

 

  

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Ni crainte ni espoir*   ( Isabelle d’Este )

 

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Fontaines de Florence ou fontaines de Vaucluse,

Dans le verre ou la main tendue,

Je n’ai pas été de vos jeux.

 

Saccage, les cyprès de Toscane ou les cyprès de Blauvac,

Les renommées sont illisibles et les masques bien mal ajustés,

Je n’ai pas été de vos jeux.

 

Éminente la porte de Ghiberti ou la porte d’Orange,

Aujourd’hui les valets, pour toujours les désespérés,

Je n’ai pas été de vos jeux.

 

La liberté de Masaccio ou la liberté d’un simple Oiseau,

Deux univers distincts entre la rencontre et l’adieu,

Je n’ai pas été de vos jeux.

 

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Nous passons toujours à côté des choses, égarés dans nos propres trajectoires de bon plaisir par l’arraisonnement mutilateur des métaphysiques, et c’est ainsi que l’homme tribal semble apparaître brisant dès son esquisse l’unité affabulatrice des grandes missions.

 

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Là-bas c’est votre présence qui forme constellation, du cruel à la vie, de la vie au cruel, presque rien qui ne se donne à une mauvaise pensée.

  

 

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Pour un camion bâché

Ce saltimbanque de Manset nous a évité bien des détours théoriques en nous décrivant une époque à vomir*. Saltimbanque oui! Mais vous?

Dans vos douteux parages la cendre n’épuise pas le feu, c’est un geste de décembre où les heures capitulent comme des armées célestes marchant vers l’Histoire et s’appropriant la victoire des discours.

Ainsi le vide semble se satisfaire de tous les aller de plain que le ciel renferme jusqu’aux contreforts des arches ruineuses. La paix des uns démultiplie les causes bellicistes près du cœur massif des territoires vierges.

Oui saltimbanque, honoré mille fois, et pétrifié par les années de doute où le désastre se surprend à voler parmi le chant séraphique des bienheureux.

Visages épris du Saint des Saints, la marche cahotante des hurleurs, et tout au bout, bien dissimulé par les feuilles  de quelque automne, le vent bleu croisant les bras dans la réserve des vieux indiens.
 

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Il était Midi, l’envergure de l’oiseau prenait le ciel à défaut, il était Midi. L’homme ascien de René Char sondait ses abîmes ; Midi ou la pleine lune trop fardée.

Sur la pierre de gué, telle une prière, le lézard ferma les yeux à l’ombre, à l’ouragan…

Fastes fontaines des dernières fenaisons, il était Midi.

 

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La clause du lion

Je me suis souvent considéré dans l’ambiguïté lucide de mon irrésolution comme un imposteur des très hauts sommets, un pantin inventif traîné par deux chevaux de race à l’étiage fascinant des sources.

 

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C’est bien la mort qui nous fige comme du sable d’épave.

L’Avant est aussi ce point central où tout se compacte en chaos, solidaire d’une pensée mouvante et vertigineuse qui n’accomplit qu’un cycle fou.

 

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      La fatigue du monde dans le qui-vive des géants.

 

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Au-delà c’est l’inconnu ridicule qui surprend le guetteur.

 

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Pour se dérober la conscience a besoin de lumière. Ainsi se fonde la stratégie des ricochets de l’esprit propre à ensemencer des étendues énigmatiques sur la fissure de l’ombre.

 

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Comprendre la montagne c’est se maintenir dans la totalité de l’effondrement.


   
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L’enfer avait disposé des parapets d’embruns tout autour de lui. La juste tentation aurait été de ne rien céder ; une peur vertigineuse prend le risque de la déflagration immédiate. La course sifflante à travers les bois – où la mousse des rochers se dérobe – monte jusqu’au chant. L’écho se ressaisit sur les crêtes et libère l’avalanche, le bleu de l’eau et sa parousie imperceptible.

 



Par Tafani Patrick - Publié dans : NUIT
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Mardi 17 février 2009




 
 

 

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BESTIAIRE  DE  LA  MAUVAISE  MAIN


 

 

  

 

Les mots aussi sont chargés de temps, tandis que nous les prononçons ils consomment du temps, et les mots eux-mêmes, (...), j'y insiste il faut, il faut que vous me compreniez, les mots eux-mêmes sont du temps, parce qu'ils rappellent des souvenirs, parce qu'ils renferment en eux ce que peut-être nous ne voulons pas du tout leur faire dire de surcroît.

 

                                                              Peter Härtling - Lenau.

 

 

 

  

Brévité du thym sur la canicule sang des coquelicots.

 

 

 

 

  

 

C'étaient de vieilles façades où les mots s'effaçaient peu à peu avec le lointain des amandiers; c'était la richesse des jeux avec leur pauvreté consciencieuse, écolier mal venu sur le parapet des étiages.

 

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Lenteur des étoiles, douceur des mélodies, la traîne de l'ombre et de l'infini.

Dans la force.

 

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La montée de terre aux extrémités débordantes de l'alouette.

 

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Il y avait ce doute à jamais perdu et cet oiseau à en déchirer le ciel qui parvenait au delta de son oubli. Les terrassiers prirent le chemin le plus court, celui des confins. Le peu de monde qui restait souilla les beaumes et finit par effacer leurs noms. L'étoile géante, la Bételgeuse mirabilis se ravisa à éteindre le plafonnier de la nuit, et le mal ainsi fardé acquit en un seul souffle les ocres et la faveur des mouches.

 

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L'évidence des tard-venus recouvrait l'esprit de radicalité qui nous traversait dans les temps anciens. L'inexpérience portait l'habileté du vainqueur en vase clos, soucieuse d'accroître le vertige des lignes obscures et la parole énigmatique du labyrinthe.

 

 

 

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Ce sont les hirondelles de juillet, leur mort dans la défaite du ciel est annoncée et je vous parle de si près.

 

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Il n'y a pas de souvenirs dans le chant d'un oiseau. Nous, nos mots n'ont que le souvenir pour porter la présence, et c'est ainsi que la parole fonde l'absence, l'absence qui reste en nous.

 

 

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Tirésias aurait pu langer ton avenir comme on désapprend aux oiseaux les vœux de la lucidité, et sur sable qui bâtit la grande citadelle des lignes de ta main.

 

 

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La maison bruissante, le grand chêne, une sentinelle... Les signes cordés encore par l'âge mesuraient leur éloquence à rétablir l'architecture la plus dicible du passé.

Ma table de pierre, que des aromates maintenaient, invitait à l'offrande, à la faconde du lieu; le silence ici  avait péri avec les chiens.

 

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Par le cœur les oiseaux écreusent leur nid. Oiseau-incendie, la magie d'un seul mot ébarouit le geste minotauré du labyrinthe.

Un langage désempli de mémoire; tel est le fruit, l'offrande de l'œil des sérivans.

 

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Montent les étés/ et/ l'oiseau affaibli/ montent.

Au sommet des trébuchants/ ma chute/ aussi éphémère qu'un pas/ que l'on dérobe à d'autres pas/ moins consumants.

L'eau d'avalanche est bleutée/ qui étire le feuillage vers la mer/ sourd à nos yeux les plus grands/ le péril s'avive en proie au dénouement.

Montent les étés/ et/ l'oiseau affaibli/ montent.


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C'est certain, les mots s'oublient, les mots les plus précieux se donnent aux confins, et les hommes aussi ne reviendront pas.

Aux serments des années par la route de Saumanes, bien avant l'âge des eaux noires, sur les oxymores hésitants, les mots s'oublient et l'exil passe, c'est certain.

 

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Lorsque nous aurons réappris la mort nous pourrons imprudemment parler de la vie.

 

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L'homme avait chassé de son corps la bête innommable qui remontait sans cesse vers les lignes de désunion. Pour lui, seule l'intuition primitive possédait dans sa totalité l'œuvre et son devenir.

 

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Ne plus savoir écrire, ne plus savoir s'inquiéter, à mi-hauteur se propage l'indicible, l'âge sans suite, l'âge redoutable, prisonnier, prisonnier, d'un dernier soleil établi.

 

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Les critères imprécis : les valets et les désespérés.

  

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Par Tafani Patrick - Publié dans : NUIT
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Vendredi 13 février 2009



 

 
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PAROLES POUR CEUX QUI REMONTENT LE VENT



Les loups endurent notre aisance à fomenter le bien sans attache.

 

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Sur les lèvres anciennes se dessine un grand fleuve à la saillie de l’épaule.

 

 

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Les confins du silence où se créent le langage et ses éclairs avant la saisie ; la saisissante maladresse de l’homme.

 

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Déjà c’est l’heure, une heure entière au peuple d’oubli.

 

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Le partage qui fonde un empire tel est le cœur, le cœur qui croît.

 

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Dans la pensée il y a une dilatation qui part d’un souvenir très ancien pour suivre l’indéchiffrable mémoire.

 

-

 

Le crépuscule n’indique pas le trajet de l’étoile même si comme un dieu que l’on repousse l’âme crépusculaire paraphait le désordre céleste.

 

-

 

Tu es l’accalmie, le seuil brûlant de mon combat, mon pont de vie qui n’existe qu’en présence de la mort.

 

-

 

Ils cherchent leur liberté dans l’ensorcellement de l’au-delà ; ce sont les vampires de la présence de autres.

 

-

 

L’amour fou comme un piano désaccordé évoquerait le philharmonique des abysses.

 

 

-

 

Toute la mer au creux de ma main. Un galet suffit.

 

-

 

Si l’esprit résiste au vent le corps s’accorde l’étreinte.

 

-

 

Faiblesse de cœur et faiblesse des âges se dissolvent en marge des fragilités.

 

-

 

L’asphyxie semble l’attribution des mondes et des nouveaux mondes ; le tremblé du jour, la fission de la nuit.

Querelle des visages trop émaciés pour vivre le visage.

Trop de paroles, trop…

 

-

 

Pierres de mon Vaucluse poncées par les vents, le soleil, les saisons…

C’est un archipel qui sait les mers profondes de ces anciens tombeaux, la sépulture vivante comme un concept de mort déchirable et déchiré.

Là, l’épitaphe sera mensonge comme tout mensonge du monde qui forme le souvenir…

 

-

 

Dans mon enfance les herbes étaient hautes et de nombreux arbres sans ornement me giflaient jusqu’au sang, mais d’autres les grands immanents étaient Amis.

Je ne me gouvernais pas, la trace du sentier fluait sur le difficile combat des frontières, le lieu chassait l’esprit de totalité et les liens de rencontre devenaient la ligne éloquente des lointains, la forte patience de l’enseveli.

J’appauvrissais naguère ce lieu en tordant le futur comme un fil d’or relie le ciel à la terre, comme un fragment soulève les épars de lumière, comme une pierre close s’écreuse et s’ensauve.

 

-

Ce qui ne tournoie plus dans nos têtes, peut-être qu’un ange s’en informe et au plus lointain s’éprend à tournoyer.

 

-

 

Trouble en moi l’inévidence du même.

 

-

 

Partout et nulle part sa naissance n’aura pas lieu.

 

-

 

Nous ne pouvons nous situer que dans l’ensorcellement de tout esprit du monde, là est notre riposte dans le feu des embuscades.

 

-

 

Fleuves des murmures impatients, pierres des vents aux poussières d’argile, la lente sculpture du temps à l’image de l’homme ; les mythes disparus.

 

-

 

La déshabitude au front faconde de l’anthropique ; cœurs des médisants et vallée heureuse.

 

-

 

Le portail a été repeint, mauvaise main, les oiseaux viennent et s’ensauvent.

 

-

 

A quoi bon se tenir dans l’irréparable ? Nous sommes issus de la vague de mer.

 

-


   Le Vaucluse dans sa révélation sonore nous porte au labeur de l’enfance ; l’enfant porté des Sorgues.

 

-

 

Nous avions ce jour là noué le ciel à la terre, notre hérésie abondante recevait le don d’ensevelir la docte croyance parmi les sables bâtisseurs et le feu des neiges bleues.

Nous avions ce jour là connu la dislocation des rois, le lointain radical et l’aigle au sud de l’effroi.

Le midi restera bien au-dessus de nos héritages, au dehors de nos secrètes convoitises ; lumières désassemblées au mythe crépusculaire pour écrire une brèche à la nuit.

 

 

 

 

 

______

 

 

 

Par Tafani Patrick - Publié dans : NUIT
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Vendredi 13 février 2009




 

 
 



 

PAROLES POUR CEUX QUI REMONTENT LE VENT

 

 

 

 

 

On leur avait donné le choix, devenir rois ou bien courriers des rois. A la manière des enfants ils voulurent tous être courriers. C’est pourquoi il y a seulement des courriers, ils courent à travers le monde et, comme il n’y a pas de rois, ils échangent à tue-tête les messages, du coup dépourvus de sens. Ils mettraient volontiers un terme à leur misérable vie, mais ils n’osent pas, à cause du serment de fidélité.

 

                                                                            Franz Kafka

 

 

 

Dans la campagne de Vaucluse j’ai souffert comme jamais mais en

pleine mesure, l’éclair se répercutant…

  

 

 

 

 

Dès la naissance le compte à rebours avec le ciel, la raison et l’absurde.

 

-

 

Le discourir de l’homme ; une zone apocalyptique où s’infecte l’infâme.

 

 

-

 

On nous aura malmenés jusqu’au crachat de bienséance.

 

-

 

Un mot encore et c’est l’amour absorbé des montagnes qui s’écroule.

 

-

 

Bondissants les astres et mon amour perdu…

 

La blessure est trop profonde pour revenir au sang.

 

-

 

C’est ta gorge l’hirondelle où s’émeuvent les chants.

 

-

 

Il s’était tu depuis longtemps…

 

Ces mots avaient rejoint la paresse du lac sous les dehors apocalyptiques de sa parole intime. Il se savait en fin de course, bâillonné par le rien immense de ses arrières pensées.

La nuit cruciale gouvernait, deux astres fusèrent dans le désordre d’un autre monde. Tout  devenait plus sombre encore et le Vaucluse l’attendait.

 

 -

 

 

La nature réconcilie et l’histoire sépare, j’aime dans leurs doutes les vérités abusives.

 

 

-

 

Mon cœur m’était apparu bien hors de  moi vers les confins d’une nature indépassable.

 

-

 

Le ciel de Vaucluse n’est pas un ciel, c’est une enfance de mille cieux aimée du crépuscule.

 

-

 

Au sud du monde les sept climats… Lui dans la perdition des grandes continuités thyrcide leur vertige.

Le tempérament des dieux avait pris le pas anxieux des thaumaturgies. Reste son silence peuplé de mots sur la rivière lointaine et inaperçue des saisons.

 

-

 

Ce jour indestructible qui vient je ne veux pas le vivre ; l’indestructible jour remis à l’indestructible nuit.

 

-

 

Le ’s’ diluvien de Saumanes pour que le soleil demeure l’improbable vision.

  

 

-

 

Cœur du monde j’aspire à la division de la Promesse.

 

-

 

Grand miracle de Monnieux, la lavandière est revenue, village où s’enchante la Fête.

 

-

 

Le loup sillonne le mal des eaux, qu’importe aujourd’hui, le silex n’augure plus le feu.

 

-

 

La tristesse peut se prévaloir d’avoir compris l’ouvert du monde, l’aveuglement non.

 

-

 

Il n’y a pas de réconciliation, tous les contraires demeureront des contraires éternels.

 

-

 

L’imaginaire des oiseaux, c’est le réel de leur vol.

 

-

 

Seul il a fallu se définir aux prismes de l’inadmissible dévoiement et de ce soi-disant partage qui prit part  aux suites de la déréliction.

Les gens bien élevés sont souvent émus de leur crime. Mais qui peut les reconnaître dans l’aisance moribonde de la parole ?

 

 

-

 

La violence de Nietzsche est un désespoir irrésolu proche des cimes mais patient pour l’abîme.

 

-

 

Qui comprend mieux les versants de la soulane que la bruyère noire ?

 

-

 

Le temps cérébral où la nue proclame son corps.

 

-

 

Après le geste orbital nous reviendrons au souvenir sans nous soucier des inquiets de l’ellipse.

 

-

 

Foudre en son royaume pour un royaume préservé.

 

-

 

Se propagent les limites avec celles moins abruptes du nuage.

 

-

 

L’aube s’épuise à recouvrir la nuit, telle est l’échancrure du monde.

 

-

 

Par Tafani Patrick - Publié dans : NUIT
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 PROMESSE DE NE PLUS RECOMMENCER






 

 

Je frapperai de son sceau l’inconsolation. La primitive pensée aura son aboutissement sur le désordre abyssal d’une seule clarté revenue aux pires flamboyances des cendres.

 

Ψ


 

Le Maître mot, la joie, le sanglot, mélangés, mélangés, mélangés.

 

   

Une rosée et c’est déjà la fin.

 

 

Ψ

 

Village et chemins nous nous séparerons, le vœu jadis épris de la mésange et de ta main.

 

Ψ

 

La musique propice au livre grand ouvert, un oiseau vient et se tait sur chaque ligne de mon rêve. Une promesse de mots qui monte de la terre et s’éparpille parmi la parole qui s’ennuie.

 

Ψ

 

A voir au fond du lac mon visage de boue qui se creuse, se creuse encore…

 

Ψ

 

Même si le ciel se lève déjà, gravide de papillons bleus aux ailes invisibles, même si les nuages rêvent dans leurs longues robes bleues aux traînes invisibles, même si des chemins merveilleux vagabondent et grondent sur les bleus versants de lumière aux bruyères invisibles


Ψ

 

Un seul sur le hasard détruit, le nid désaventureux et le rouge-gorge dissemblable au cœur jointé des chevaux sous le trait de la porte cochère du village.

 

Ψ

 

Des œuvres posthumes comme une naissance.

 

Ψ

 

Là, même à terre lorsqu’on demande à la terre de nous épargner encore.

 

Ψ

 

Le rude adversaire l’initie à suivre le chemin qui se refuse à prendre. Déjà l’empêchement retombe en libre faconde de vacuité. Il serait cruel de continuer l’explication de ce lieu indestructible où le sang d’un tiers se mélange au sang d’unicité.

 

 

Ψ

 

C’est l’infini de sang de Maurice de Guérin, c’est le rire incommensurable et fragmenté de Blaise Pascal, c’est l’aigle de Friedrich Nietzsche, c’est la fiancé légère et perdue de Nikosch Lenau, c’est le feu marial de Gérard de Nerval, c’est l’absence étoilée de Novalis, c’est l’enfant-parellie de René Char, c’est le céleste naturé d’Hölderlin, c’est la nuit possible d’Armel Guerne, c’est la dernière note de Schumann, de Chopin, de Schubert.

 

C’est… Où bien ce sont hommes plein cœur accoudés sur les parapets de lumière…

 

 

______

 

 

 


Par Tafani Patrick - Publié dans : NUIT
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 PROMESSE DE NE PLUS RECOMMENCER

 


Le jardin égaré de fleurs avait retrouvé l’inconnu.

 

Ψ

 

Peur mille fois tue comme un courage traversant l’éclair.

 

Ψ

 

Dans son labyrinthe Hölderlin avait trouvé l’issue éternelle, chrysalide des monts, justesse facétieuse de l’empyrée, Hölderlin un souci des dieux attribué aux élégies du mourir.

 

Ψ

 

Tant d’amour, tant d’amour, ce grand fleuve, cette grande mer et ce silence toujours dans un monde, un monde absent…


 

Ψ

 

Années tardives

                        

                          un vol d’éperviers ou rien,

 

jardins suspendus

                             et si peu de nuages,

 

aux somnolences pensives

 

                                           la clarté des brouillards,

 

comme une solitude mercenaire s’enflamme au vent.

 

 

  

Ψ

 

 

Le désarroi extraordinaire

Le futur dans l’embrasure du seuil.

  

 

Ψ

 

Poussée plus loin encore la déterritorialisation, le clan et la contrainte de l’infini, le désir singulier et partagé.

Deleuze, vastitude inoccupée avec la répétition voisine des oiseaux et les mots dépliés de l’ébloui.

 

Ψ

 

Basses eaux ou étiage du firmament.

 

 

Ψ

 

Nulle absence sur la rive. C’était en début d’après-midi, je lisais Arsenal de René Char. Nuitamment au jardin des nuages le ciel cousait sa robe de buis. C’était un autre rivage et je m’endormis avec si peu de sommeil en poche que le poème s’aventura pêle-mêle dans l’orbe riche d’une feuille qui tombe.

 

Ψ

 

Corps sombres de l’habit magnifié un ballet byzantin sur le pourpoint des reîtres !

Quelle profondeur d’âme peut caparaçonner l’étiage du firmament ?

L’alouette désuète s’en retourne, à vif, au pays d’Alexandre… Les fruits suturés de l’écorce en larme de viduité carrossent le monde à venir des morts et des vivants ; le temps disloque les grands espaces, la brûlure des ombres et le feu des archipels…

 

Ψ

 

Je n’ai pas le temps de te suivre mais je te regarde partir. Est-ce le moindre, est-ce le pire ?

 

Ψ

 

Lorsque le désarroi, la déshérence viendront, lève la tête et tournoie, tu pourras vivre l’expérience du donné, le rire du cœur.

 

 

Ψ

 

Cet homme à l’allure inquiète ne pouvait pas s’imaginer que je l’avais caparaçonné dans une petite boîte d’insouciance.

 

Ψ

Si je dois venir tout là haut, au nom du désarroi et de la plénitude, simplifiez tout !

 

Ψ

 

Même le vide sans pourquoi ne peut s’offrir à vous. Dieu et sa solitude élégiaque somnolent en vous inconsidérablement…

Visage, rivage, deux formes d’intrépidité qui s’ennuient à la fête archivée des ans.

 

Ψ

 

Caresser la nuque d’un loup c’est toucher à l’indicible, un ange ne parviendrait pas à s’en éblouir.

  

 

Ψ

 

Pour l’homme labile est l’impatience heureuse, le signet de ramure, l’écarlate anxiété  l’oiseau.

Mais, est-ce ce monde à peine vu, à peine senti, poursuivant d’autres mondes ? A l’ombre des astres caniculaires les derniers chevaux de trait disparaissent…

Probe, le souvenir jaloux de l’oubli, probe la brévité de l’hirondelle au cercle miraculeux des lauses de l’espace…

Les choses balbutiantes, les choses de la terre, les objets de la mer aux termes magnanimes de la naissance dans ce refus pétillant de aurores.

 

Ψ

 

Soir où le renoncement est tel qu’une nuit approximative inaugure un vaste parvis de lumière…

 

Ψ

 

Ma vie sera en lisière là où tu seras.

 

Ψ

 

Il n’y a que le vif qui permet l’immobilité espiègle et bondissante.

 

Ψ

 

Sans le mensonge je vous aurais reçu dans l’inaccessibilité.

 

Ψ

 

Corruption d’angle

Le juste milieu du temps sans la médianité de l’éternel et de l’éphémère.

 
 

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