Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 18:22

 

 

 

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THÉTYS

 

 

 

 

 

 

 

 

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     Je pense à un livre et paradoxalement à mon livre. Je l’ai écrit au bord des sources, sur les chemins de Saumanes, au plus près des vignes, sur l’argile des migrations, à l’orée de la pierre, je l’ai écrit dans l’inaperçu continuel de ma vie, avec l’eau des orages et le feu des éclairs. Mais j’exagère peut-être ; je l’ai seulement lu dans le vide de ma mémoire.

 

     La Dame de Monieux m’avait prévenu, j’étais jeune encore, l’enfance me piétinait l’âme, j’écoutais en homme le fascinant langage de la Nesque ; gorges et prévenance.

 

      Sur le versant d’Albion j’ai croisé le lunatique avec son visage inoubliable de mer et de safre, le monde commençait à naître, et les nuits semblaient éternelles, ces nuits noires nimbées de soleils innombrables.

 

      C’était un jour où on ne parlait pas de la mort, un jour d’aubes et de nuits naturelles, brassé d’arbres à l’ombre des oiseaux.

 

       Il y a ce sentier qui mène au village, des peintres, des poètes, de simples gens l’ont parcouru, mais c’est mon sentier, et l’ange m’a si souvent précédé que le ciel et la mer ici se sont longtemps aimés.

 

       Roc Alric, je vois aujourd’hui des vignes, des calcaires bleus avec du rose sur le buvard de Thétys, des bouts de soie éparpillés par la grâce de ses mains, elle, aussi proche de l’enfance, de l’autrefois des marnes, la coupe exquise de sang qui se fige.

 

        Pour des boules d’or les oiseaux se chamaillent, et c’est un rire de plus dans le chatoiement du ciel, une couleur espiègle dans l’œil noir des abeilles.

 

        Silence du déposant, le jour d’après sera écrit, des menthes, des bruyères, et sur ton bras la lavande de Sault. Puis l’autre rive où ta force revient en cascades de lumière, parmélie de rocaille dans la parole du vent, les arbres sont tenus à l’équilibre, feuilles écarlates sur un lit de terre et d’amour ; Pangée du souvenir.

 

 

 

 

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Dimanche 8 mai 2011 7 08 /05 /Mai /2011 10:32

 

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AVEC  SØREN  NOUS   NOUS  SOMMES  DIT

 

 

 

 

 

- La vie est la seule porte de sortie.

 

- l’épreuve à surmonter c’est soi-même.

  Soi : matière crédible placée entre une forme et un esprit.

 

- La foi cadastre l’instant et délivre le lieu de l’éternité.

 

- Les abîmes sont des imaginaires palpables.

 

- Après le péril, le saut.

 

- L’insaisissable spectateur qui a vu les outils de l’univers avec un reste de silence.

 

- Ce qui rend le troupeau irréductiblement grégaire et passablement inquiétant, c’est sa veulerie indépassable pour le salariat.

 

- Le duel entre le trouble et le limpide est à concevoir uniquement avec les lettres de l’alphabet ; en rime de commencement.

 

- L’édifice se tient debout par le sacrifice intérieur. Les fondations, elles, ne sont ni coupables, ni innocentes.

 

- Nous pourrions chaque dimanche honorer les cimetières de la terre, mais le samedi y consentirait-il ?

 

- On dit des poètes qu’ils sont les alchimistes des mots. Mais a-t-on déjà trouvé de l’or dans les mots ?

Les cyniques vous montreront où respire la bonne terre, la terre fertile, la terre prétentieuse, que d’autres cyniques, plus affirmés, finiront par vous couvrir la tête.

 

- Lorsque l’on traverse un pont il faut se souvenir de la première arche pour affronter le hasard de la dernière.

 

- Le faire m’a ordonné la répudiation du savoir. J’ai aimé sans inconnu.

 

- Mieux vaut mourir pour l’élégance d’un mouchoir que mourir d’une sentence commune.

 

- Entre le désespoir et le doute du désespéré, il y a le plaisir indéfinissable des porteurs d’infini.

 

- Je n’ai pas aimé mon père, il me l’a bien rendu en étant son fils.

 

- L’éparpillement c’est un début et une fin.

 

- Søren, elle était pourtant belle, son souvenir nous hante encore. Des musiques passent comme des oiseaux dans le ciel, les rues sont fleuries de toutes les robes de ton aimée, c’est un tourbillon où les musiciens volent tout autour de toi, c’est un sens inhabituel et fantastique, Søren, c’est le sens de ta vie.

 

- Je ne veux pas vous connaître et vous ne me connaissez pas, pourtant vous ne  parlez que de ce trop plein d’amour, que de cette vérité plénière qui serait là entre nous, grouillante, attentive, offerte. Vous me montrez vos mains, vos maisons, vos domaines, et entre deux sanglots de ravissement, vous oubliez de me dire au revoir.

 

- Tu as le regard des mille visages, c’est pourquoi Søren, nous nous sommes dit que ce matin était de fière allure et que nous pouvions, jusqu’à la nuit lointaine, dans les rues de la vie faire entendre nos pas.

 

 

 

 

 

 

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DE  MÈCHE LENTE  ( extraits)

 

 

 

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Vendredi 29 avril 2011 5 29 /04 /Avr /2011 16:59

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Le Faune 

 

 

 

 

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 CLÔTURE DE LA PAROLE

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 27 avril 2011 3 27 /04 /Avr /2011 19:00

 

 

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DANS  LES  TERRES

 

 

 

 

 

La veste de velours noir m’avait protégé des premières lassitudes de l’aube. A quelques marches de la rivière ce pays imaginaire gardait toute sa réalité assomptive avec ce messager porteur d’indicibles partages entre le sang divisé et l’inquiétude des hommes.

 

Il m’attendait puisque le socle de la terre s’était imperceptiblement déplacé, poussant l’éternel des eaux vers la fontaine balméenne de mon nom. La route se tenait à l’écart sous la mansuétude des chemins de craie. L’enfance neigée maintenait ses torrents d’argile bleue, sa souplesse de corps, sa ligne d’horizon.

 

Il m’attendait, les allées succédaient aux allées, des pierres qu’on aimait encore vous faisaient signes et l’adieu ne régnait pas comme règnent les civilités hâtives du dehors.

 

Il m’attendait et je me perdais d’un pas lent et décisif, mais il y avait le cœur, l’éclair et l’éternel, les trois océans s’étaient réunis et il devait sourire d’y rencontrer mes dernières terres à conquérir.

 

Sur la branche, tout un monde de silence s’ornait de la rougeur des paroles inaudibles, la pierre gardait ses traces d’exuvie, ma main sentit les mots se détacher de leur blessure, une lumière triste fit le tour de mon poignet, le point-du-jour cédait ; il m’attendait.

 

 

 

 

 

 

 

 

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                                                                                        D.R

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 13:27

 

 

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L’HOMME  DE  PARÉLIE

 

 

Nous sommes ingouvernables. Le seul maître qui nous soit propice, c’est l’éclair, qui tantôt nous illumine tantôt nous pourfend.

                     René Char

 

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oute rencontre est un acte intérieur, un prisme de conscience se situant à l’orée du regard, là - dans cette expérience irréfutable et si intime - viendront s’amonceler la flexure des nuages et l’espérance de l’écriture.

        Je ne partirai pas seulement de ma conscience impérieuse mais de tous les attributs de la conscience, afin que cette rencontre soit et devienne le rythme inouï d’une lumineuse ondulation, souffle de mer et de terre percevant l’arrogance fondatrice des vagues avec l’inestimable seuil de l’empreinte minérale. Une rencontre modelée et instruite par le coeur, par la magie fulgurante de l’appartenance et des sentences électives qui bouleversent le sillon même de l’épiage.

        Sur le calque magnifique de la main, les lignes d’horizons et de ruptures apprennent à vivre et à se confronter aux traces liges du dialogue. Près de cette solitude souveraine s’élégit une sustentation où ne vrille pas l’étourneau désordonné de la parole, mais où se condensent les gemmes cristallines, adulaires de la Parélie. Voici ma Rencontre avec René Char, mes mille attributs ne pouvant contenir un seul éclair de sa conscience, un homme épris de l’exondation et des pouvoirs nuptiaux de la beauté.

        Je n’ai pu soutenir et ne soutiendrai jamais le chemin linéaire d’une pensée; l’oeil cyclonique est dans le fondement édicté de la liberté, et dans cette oeuvre biseautée de dons et d’une incommensurable force, l’équilibre ne s’approprie pas l’épistémè compacte et explicative du monde, n’annonce pas la preuve tangible de l’ordonné.

        La trace reste ou s’éprouve dans l’indicible ressenti, l’immémorialité s’avance et s’inaugure sur ce munificent courage approuvé par les magnitudes de l’inconnu, veille où l’on ne poursuit pas[1], mais où se déploient, l’aigle du futur[2], l’élégance du combat, - faillibles pour les incongruités triviales - l’anaphore de jadis[3] si prompte à accroître l’herbe de demain.

        Une promesse martelée dans toute distance qui demeure un entr’ouvert primordial, une formulation de vie et d’espace où s’énonce le partage des Dieux, où gravitent la chair des mots, la splendeur inusitée de la pensée; que l’homme soit son propre rêve mais qu’il daigne puiser entre ses mains, sa soif hospitalière[4], son maintien insigne devant le pullulement et le règne désaventureux de l’insignifiance.

         L’homme de Parélie n’épuise pas le bleu de l’orage[5], ne trouble pas le sombrage térébrant des éclairs, qui s’éclipsent  uniquement pour l’urne fondamentale et extatique de la Poésie. La sublime hauteur de René Char, celle qui foudroie les abysses sablonneux, révoque toute l’abondance de l’Histoire, assigne les notables sous le mépris et l’imposture de l’événement. Cet enfant bleu, qui avait ressenti et vécu le gouffre assourdissant de la guerre et des trahisons, s’était forgé une santé du malheur[6], sans se dessaisir du courage amont qui écartant d’un bras princier, les fuyards, les attentifs couards de l’aval, était revenu dans le néant du père[7], pour poser la pierre angulaire du refus.

        C’est dans l’instance discontinue de la pensée que se prolonge et s’irise le flot personnel de la rigueur ou du vouloir, une salve d’émerveillement, un socle où s’érige, minutieux, le silence de la conscience[8].

        Dès les premiers pas, ce chemin sourcier aux aspérités de ronces et de mousse, nous décline l’âpre résurgence qui, possède en elle, déjà, la victoire du fleuve et sa magie océane. On est “ouvert” par le solaire de René Char, par son immense concision de nuits enchâssée[9] dans l’éblouissante division de l’étoile, ellipse sculpturale sans fond où se meut la royauté de l’exemple, diadème essaimé de l’accolade morale, et d’une incroyable volonté de découvrir et d’aimer, le visage des zéniths, visage hauturier de l’amour courbé.

        Le temps, chez René Char, avec tous ces actes de droit ne se mélange pas dans une louvoyante compromission du faire lénifiant; sujétion de l’engouement propice au plus extrême lissage de l’homme. Il n’y a pas d’oublis chez René Char, mais une droiture cyclique, gravide d’instants éternels portés sur les épaules de la magnificence.

        Le souvenir scrute la nouaison spacieuse de l’homme avec sa promesse à venir; alliage de vie sur l’écart substantiel du livre qui viendra lutter contre son trouble initial, son entaille décisive, ses multiples arborescences devant la réception et l’emprise de la lecture. L’impatience soupçonnée[10] de René Char est peut-être autour de ce lieu d’une énergie colossale, d’une fracture séismale et qui se répète dans l’expansion de l’esprit, proche de tant d’espaces et de matières modifiés.

        L’heure panifiante du poète est ici sur cette ligne abstraite où l’amplitude de la forme s’élabore, se lacère, se cicatrise, pour recevoir toute la pollinisation du combat d’écrire et la transmission ligneuse de la moisson. Le blé archimé laisse se parfaire la croûte de l’image et de la découverte, les mots fulgurent, s’apparient pour un partage formel[11], et le sens est donné, les dieux sillonnent le désir[12] triomphal du poème, lui confère la légitimité des grands pouvoirs et l’impossibilité des règnes.

L’éclair me dure[13], cette lutte galvanisée d’orages et de grâce, et qui, peut-être, ceinture Thouzon[14], fustige l’incroyance d’une sécheresse constitutive au chiffre de la Beauté; l’oracle de la montagne peut se démettre quelquefois, s’étioler, mais le risque s’entrouvre et le rameau au vent, se rassérène encore des ombres et des lumières, des brasiers, dans le vrai et la richesse des larmes.

        Lorsque meurt au nord de Blauvac, la soulane neigeuse de juillet, toute la montagne semble s’alléger d’une conscience captive, et le passant fiévreux s’accoude à la muraille, et regarde au loin, les ponts laissés par les grands nuages, là, il reconnaîtra sans l’abus des miroirs, la torche interrogative[15] et cet inconnu vivre à ciel ouvert dans les flancs du Vaucluse.

        Le puits sans margelle comme un vertige contenu avoue la trace sibylline des dieux; mais rien n’est captieux ni délétère dans cet approfondissement des mots, car la transfiguration avoisine la nodalité volatile de la poésie. Le prodigue savoure la multitude qui, dans les longs fleuves, indicibles, se désaltère et s’ouvre aux métamorphoses qui ordonnent la distance, afin que vers l’incréé du passage se grave la présence des berges arides. C’est, - sans accroître la marge affabulatrice, - la fonction du poète d’être ce qui le dépossède, le contraint à se retirer, à trouver le prodigieux écart, lorsque tout l’invite à l’audacieuse fusion.

        La malédiction serait cette trame valétudinaire offensant le bond, la rébellion, le chant. Le choix moral de René Char est d’y contrevenir; le festin ne l’intéresse pas comme l’homme sans défauts[16] attaché à la grégarisation esthétisante de l’informe.

        Les traces ne se donnent pas, elles s’aventurent sous l’étiage des renoncements, elles parcourent le silencieux ouvrage et les outils si aisés à porter[17]. Ainsi, au rang de la pierre gélive, y reconnaître l’Amie, le gué, le point d’octroi qui de cime en cime, appose l’énigme, dévoile le message.

        Lumière de René Char, telle une largesse d’amour infini, lumière partiale et qui se fortifie, s’intensifie, lointaine lumière sur l’empan de notre approche, jamais désuète, avouable devant le parloir des tragédies, la faconde des insolents, lumière jamais abrupte, jamais coupante, mais gouvernée irrésolument par le tremblé martial d’une bougie. Et pour que naisse la flamme, il faut l’apparat de la nuit, le talisman[18] sensible à la venue de l’Aimée.

         Le visage assemblé du corps, le corps uni au visage; voici le poème en sa nuit future, si présent à l’heure, sans tocsin , de l’âme. Lumière de René Char en ces forêts de mimosas, où perle quelquefois la goutte amère des frimas, mais où le seuil lent de la partance accumule le flot éclairant de la vie.

La chimère[19], désir de nuptialité, se fendille imperceptiblement, un pardon que rien n’abuse, la Nuit dans ce qui ne se prononce pas, mais se crée ici, au bord de la soudaineté, sur la croisée de buis, où solennellement un vent s’immobilise. Déchirure lisible sur la jointée des mains, René Char si proche, nous parvient, nous répond, l’abandon n’est pas son amour, il est le pont, et notre pauvreté s’insère jusqu’aux encablures de ses vues.

        Mais qui peut rassembler toutes ces heures de partage, n’y a t-il pas dans ce lien indéfectible, un dénuement rémissible, une coudée d’élection et de désarroi pouvant choisir le camp de l’écartèlement ou les norias de la lutte ?

Poésie si peu entrevue, si peu préservée, les humains s’accoquinant aux truismes de paraître, à la compliance des déroutes, aux lâchetés récurrentes de l’acquiescement. Quidams, à conquérir ses mondes illusoires et gauchis, natifs des biais belliqueux de la rationalité et des inventeurs[20]; René Char dans l’inclémence de son arc, ne parle pas à ces hommes, il ne se veut pas au-dessus, il est ailleurs, décalé, homme de l’aurore, il est le don des matinaux; homme lige, il est l’encoche des Transparents[21], qui dans un ciel d’étoilement ente la souvenance à l’oubli.

        Char, l’Orion d’Aromates Chasseurs[22], le grand solitaire parcourant tous les espaces où se retire le libre poème, où vibre sur une corde inapparente la stase enivrante de l’esprit avec ce don de saisir ce qui est l’essentiel à l’homme dans ses questionnements devant l’impossible solution[23]. Cette lucidité portée par mille chevaux sauvages, et ce demi-jour[24]: deux aigles entraînés par le firmament de l’épreuve solaire radicalisent leurs éclipses dans le chant des astres.

        Mais la rêverie ne doit pas ceindre et alourdir la somme poétique, le travail qui fonde le créé ne se décline pas dans les songes, c’est ici l’épreuve inavouable du dés-astre. L’étoile est filante, elle est coupure, certes, mais elle ne se reconnaît point dans la voûte argentée de l’immobilité; ce sera donc l’éclairante poésie, avec sa rigueur et ses embûches illimitées, qui prendra le pas. Que viennent alors, les possibilités digitées; l’acte d’écrire ce qui brûle et s’instaure en nous pour faire jaillir des glaciers de torrents; silex croisant l’étincelle héritière du feu irrigant la perdition bouillonnante des mots; ce village vertical[25], la Poésie, haussée dans les lignages de la méditation.

        Le temps ne laisse rien au hasard, l’âge s’approprie d’autres territoires, la peur graduelle du poète, c’est peut-être l’approche des murailles, le dur bâillon de l’aporie, l’âge cassant[26]. Ainsi, il faut toujours saisir la plénitude morcelée, rassurer la douleur de son oeuvre, la polir dans sa marche, l’entreprendre, la conquérir encore, l’assigner dans le tournoiement de son regard.

        Duellisme chez René Char, la closerie identitaire de l’amande avec ce point amont[27], ce tumulte, cette salve du cosmos élaguant la morsure des gouffres afin de parvenir dans le faste inaugural des avant-mondes. La récapitulation d’Orion, son ascension miraculeuse, c’est revenir au cercle diamanté et lapidaire, et ne pas s’y adjoindre, mais se hisser au delà des vertigineux regrets, tel l’enfant sur les épaules de l’aveugle détise cette conversion si fragile du regard, où le passé s’entrouvre improbable, et où l’aube futurale enseigne la trace heuristique de la parole et l’alliance des sommets.

        Incendie blanc[28] de la recherche sur l’aile de vie, et sa méfiance invincible tournée vers la mort. On ne peut s’extraire de ce feu, sans avoir ressenti et vu la Sorgue lactescente, privilège des uns, ignorance des autres; sous l’ondoiement électrique des eaux, le vert afflue et se baigne dans le pourpre de la rive. C’est ici que s’accroît l’avancée des archipels, c’est ici que se mesure l’incroyable poussée, la brutalité élective de l’Ange et ces larges blessures qui nous conduisent, les yeux grands ouverts, vers une sérénité crispée[29]. C’est ici que l’enfance ne prend jamais fin mais se dépasse, que le courage s’affine, là un peu plus loin, dans l’ouvrage déchiqueté de Montmirail.

        Ce monde se couvre. Que reste t-il encore, la beauté de l’écrit ou l’insolence de vivre ? L’homme de Parélie, debout, à l’écoute de la Rencontrée; là bas, dans l’échancrure du Ventoux s’ébruite Toulourenc[30], la main précieuse est encore visible, elle montre le chemin sans le désigner, elle est l’appel soupçonné de l’enfant bleu.

        Le ralliement désiré, de ceux qui nous habitent continuellement, à égale distance de l’étoile aimée par l’éclair, dans cette demeure spacieuse, prodigieusement discrète, de conscience en Conscience; Rilke, Hölderlin, Rimbaud, Baudelaire, Mandelstam, et cet autre monde peint par Nicolas de Staël... Sur ce lieu où “adoptés par l’ouvert, poncés jusqu’à l’invisible, nous étions une victoire qui ne prendrait jamais fin”.[31]

 

 

 

 

Le champ était envahi de coquelicots, l’azur montait dans le flambeau royal des arbres, ma mère y avait laissé son écharpe, je me tenais éloigné, le vent avait couru au delà des palissades.

Je ne devais pas me retourner, mais ma nuque sentit le feu se propager jusqu’au terme de mes doigts. J’avançai encore et la Parélie m’aveugla.

 

 

 

 

 

 



[1] Lettera amorosa. P. 345. Pléiade. 1983.

[2] La bibliothèque est en feu. P.377. Pléiade.

[3] Jacquemard et Julia. Le Poème pulvérisé. P.257. Pléiade.

[4] Le Nu perdu. P.430. Pléiade.

[5] Lettera amorosa. P. 345. Pléiade.

 

[6] A une Sérénité crispée. P.748.

[7] Fureur et mystère. Chant du refus. P. 146. Pléiade.

[8] Jean Paul Sartre. Situations II. Gallimard.

[9] Déclarer son nom. Au-dessus du vent. P.401. Pléiade.

[10] Éloge d’une soupçonnée. Gallimard.

[11] Partage formel. Seuls demeurent. P.155. Pléiade.

[12] Fureur et mystère. Partage formel. P.162. Pléiade.

[13] La Parole en archipel. P.378. Pléiade.

[14] Chérir Thouzon. Retour amont. P.424. Pléiade.

[15] Éloge d’une soupçonnée. P.7. Gallimard.

[16] Feuillets d’Hypnos. N°32. P.183. Pléiade.

[17] Recherche de la base et du sommet. Grands astreignants. P.725.

[18] La nuit talismanique qui brillait dans son cercle. P.490. Pléiade.

[19] Fureur et mystère. Congé au vent, P. 130. Pléiade.

[20] Les Matinaux. Joue et dors. P. 322. Pléiade.

[21] Les Matinaux, La Sieste blanche. P. 295. Pléiade.

[22] Aromates Chasseurs, P. 512. Pléiade.

[23] Fureur et mystère. La Fontaine narrative. P.277.

[24] Faire du chemin avec ... P. 581. Pléiade.

[25] Retour amont. P.433. Pléiade.

[26] L’âge cassant. P.763. Pléiade.

[27] Retour amont, Lenteur de l’avenir. P. 435.

[28] Déclarer son nom. Au-dessus du vent. P.401. Pléiade

[29] Recherche de la base et du sommet. A une sérénité crispée. P.752. Pléiade.

[30] Les Voisinages de Van Gogh. Une énigme éclaircie,Quelques touches d’amour. P.35. Gallimard.

[31] Les Premiers instants. La Fontaine narrative. P.275. Pléiade.

 

 

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Samedi 26 mars 2011 6 26 /03 /Mars /2011 20:54

 

 

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                                                                                   N. de Staël

 

 

 

LE  BRAS  REPLIÉ

 

 

 

QUELQUES  MOTS  ENCORE  POUR  NICOLAS  DE  STAËL

 

 

(1)

 

 

 

Tu es impatient de t’unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit.

 

                                                                                    René Char

 

 

 

    Dans la poésie ou la peinture se trouve un péril, un colossal risque que l’on ne peut ressentir qu’une fois le coup porté.

 

 

 

 Il y a l’enfance, et puis, Jeanne marche de sommet en sommet, Jeanne aux rires de clarté dissipant la conjuration des nuages, l’hésitation de l’éclair, la closerie de l’amande, Jeanne sous les pins qui s’enracinent dans l’ocre de l’épousée.

Il y a l’enfance, et puis, l’impécunieuse pluie, la lutteuse des monts que la  foudre moleste dans cette rage d’assembler le contour des couleurs. Jeanne pour les temps futurs, pour la séduction de la flamme, pour ce rouge profond qui drape le bleu du corps sur une ligne d’horizon, à l’inaperçu d’une terre miraculeuse, le sable et sa fusion.

 

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Les mille visages du Peintre pour ce seul visage. Des fenêtres ouvertes, des rideaux levés pour écouter Webern.

Près de ce monde qui déambule, un monde se fonde, une mer s’éloigne, des mouettes s’éploient vers les bâillons du ciel, un piano va jouer sa dernière partition. Puis il fera nuit, on entendra le silence s’élever et la nuit aura l’émotion de ses yeux.

 

õ

 

Les années croulent sur ses épaules comme des cataractes d’eau inondant l’immensité des terres, puis se retirent, laissant les années crouler encore et encore, sur ses épaules inexpugnables, de foudroiement en foudroiement.

 

õ

 

 

 

Le soleil violente les arbres de Thouzon et le violet rejaillit dans le ciel. La lumière ne s’agrège pas encore, il faudra attendre que des mains se trempent au nocturne de la fontaine pour que s’établisse le lien océan de cette lumière avec le feu.

 

õ

 

 

La lune et le soleil nous regardent sans concession et sans plainte.

 

õ

 

 

 

Peut-être avais-tu trop bu ce soir là ? et elle n’était pas venue… Mais monte la nuit, les points d’or scintillent déjà, le port à l’ancrage murmure, la mer hésite encore, le fort carré s’habille d’encre et de craie.

A cet instant tout aurait pu reprendre, la fulgurance du désir mêlée avec le désir de la fulgurance ; la frappe colossale, la vision, l’âme des contours, l’émotion. Tout aurait pu reprendre comme on se remet à table entre pénombre et vertige, entre peau et robe plissée, entre amour reçu et amour à venir.

Peut-être avais-tu trop bu ce soir là ? et elle n’était pas venue…

 

 

 

õ

 

 

La rumeur des chevaux impose le silence autour des sommets, des crêtes et des abysses. C’est le silence minutieux d’une ombre qui se déplie, se déplie à la couleur, au rythme de la cassure, à la magnificence de l’instant écouté.

 

õ

 

 

 

Le vécu de l’éternité est à l’insu du monde un grand miroir qui réfléchit l’instant de l’âme et le devenir de chair.

 

õ

 

 

 

Le désaxement fulgure. Nous avons expérimenté cette émotion dans le fait extraordinaire de l’axe qui se déplace sur l’imaginatif de la phrase.

 

õ

 

 

 

La redéfinition de la couleur c’est Nicolas de Staël qui l’a portée ; le cassé-bleu où les murmures de la palette deviennent parole d’archipel.

 

õ

 

 

 

 

A l’heure dite

Le lien est strictement poétique et mystérieux, et c’est dans l’improbable que se rassemblent en un instant tous les possibles.

Avant la dispersion, il y a le toucher avec la pierre, ce toucher est pierre d’exuvie. Il y a trace qu’une chose a mué dans l’inaperçu du monde et du regard, il y a imperceptiblement la venue d’un mystère qui, pour celui qui le reçoit, est pleine clarté. L’éclair le cœur l’éternel laissent l’oiseau apparaître, le message s’établir ; le règne est prodigieux, munificence du fulgurant.

 

õ

 

 

 

L’éclipse c’est l’amour du soleil et de la lune.

 

õ

 

 

 

Le cassé de Nicolas de Staël est inouï. Sa frappe qui n’a d’égal que dans l’explosion cosmique se tient sur quelques centimètres de toile. C’est une densité qui ne nous enserre pas dans un désastre mais nous projette en saut d’émotion sur l’absolu du délivré.

 

õ

 

 

 

 

Dans le voisinage de la voie lactée deux géants ont bâti de nouvelles constellations, leurs mains pulvérisent créent et recréent des mondes absolus, des galaxies insondables, et la vie les porte aux confins de l’inimaginable pour parfaire cette beauté, cette étoile qui s’éloignent  aux pas fragiles des enfants, aux vertiges lancinants des âges entrevus.

 

õ

 

 

Qu’attendait-il en regardant la mer ? Des voilures légendaires sur l’enclave du ciel, des guerriers mystérieux que l’on nomme en silence, les hommes de la porte de Kerkaporta, cette part d’abysse où la flèche du vainqueur se plante indifféremment sur l’étoffe des valets ou sur l’étoffe des rois.

Qu’attendait-il en regardant la mer ? Des paix admirables signées dans la fureur, une parousie guidée par sept mages, toute l’inconstance et le sérieux du monde avec ses traces, ses héros, ses anonymes pour le dicible des uns et l’indicible des autres.

Qu’attendait-il en regardant la mer ? Un grand galion rouge comme des balises de noroît, un phare symphonique pour un piano blanc ou noir, le contrepoint désenchanté entre un concert d’harmonie et l’amour d’une sarabande, des sources sans commencement et sans fin où se cogne la mort, et parmi l’épars, le disparaître, sous une couleur, sous une musique enfin, la terrible sensation d’avoir attendu et vu le prémédité de l’impensable.

 

õ

 

 

Les mots s’ordonnent ou semblent s’ordonner, ce sont des chocs, des résurgences, des géologies sans datation ; je vibre et j’encaisse la cataracte, ce poing lancé par l’arc-en-ciel.

 Aveugle et remis d’aplomb pour un court moment, le hasard virevolte, remonte de plain et retombe à pic, inlassablement,  malgré l’histoire, les grands blasons, l’appel du fils, le repli du père, la marche forcée, les chemins épargnés, l’aigle dans la pupille des loups, l’amplitude outrancière du jour, le peu de ciel, la réception de l’âme, et  en fin de course lorsque la main se serre, rien ne prouve la mise à l’écart de la splendeur.

 

õ

 

 

 

 

Il cherchait dans la montée des couleurs ce que l’oubli lui soufflait à l’oreille des souvenirs futurs.

 

õ

 

 

 

 

Quelle extraordinaire force a-t-il dû trouver pour parvenir à cette tension, - qui le prit si vite en affection – qu’aucun oiseau ne pût chanter ?

 

õ

 

 

 

 

Lorsqu’une existence respire

                 Une fenêtre est ouverte

                               Et qu’importe son lieu  son espace  ses assises

                                                                           Lorsqu’une existence respire

                                                                                         On sait l’importance du regard.

 

õ

 

 

 

 

La couleur de l’explosion de Nicolas de Staël c’est le rouge, un rouge étendu dans toute l’envergure de l’onde de choc. Un rouge d’une douceur apocalyptique.

 

 

õ

 

 

 

 

L’impression rejoint l’expressivité intime. Il se joue de drôles de correspondances dans la voûte picturale, une sorte de rencontre avec un invisible possédant toutes les formes de la visibilité. Même le choix n’entre pas dans la décision qui va s’opérer ; c’est un hasard où le fortuit s’interroge.

 

õ

 

 

 

La concision est la preuve de l’immensité.

 

õ

 

 

 

La simplicité est réparatrice non pas pour configurer l’état des choses, mais pour obtenir de la foudre des altitudes incompréhensibles.

 

õ

 

 

 

J’attends le merveilleux dans ce face à face avec le hasard en donnant au merveilleux une valeur de nécessité.

 

õ

 

 

 

 

On pourra s’approcher de sa voix, de son physique sur un fond de ligne, mais l’entendre ?

 

õ

 

 

 

Ces bateaux, gypse de l’espérant, aux abords des routes le trouble dans la maison, voyageurs essaimés sur la palette qui se fonde ; une voix, un vent déposés.

 

õ

 

 

La lumière, et sur un ton supérieur la magnitude, magnitude de couleur, la brèche du néant à la vie, vie brèchée, cataclysme de l’immersion du peintre et du monde éclaté, expansion de la teinte, du frappé en étoile. 

Et gisent, gisent la vitesse, l’incommensurable tableau coudant les galaxies, galaxies de la main, du métal en fusion, de l’écho mis en vertige, mélodie du concordat avant l’implosion.

Tension hors champ à l’éperdu, la lumière, l’épaisseur au travers de l’épaisseur de la couleur, un feu sans artifice, fusée de l’aurore, gravité du solstice jouxtant les lointains sur des mains prises dans tes banquises inexpugnables ; le premier feu premier.

 

õ

 

 

 

 

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Samedi 26 mars 2011 6 26 /03 /Mars /2011 20:01

 

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                                                                                              Nicolas De Staël

  

  

  

 

LE  BRAS  REPLIÉ

 

 

 

 

QUELQUES  MOTS  ENCORE  POUR  NICOLAS  DE  STAËL

 

 

 (2)

 

 

 

La peinture est-elle nécessité ou débris du hasard ?

 

 

õ

 

 

Ce tracé de la teinte comme ce violet qui s’apothéose pour des contours en fourche tressés par la brasure des yeux.

 

õ

 

 

 

Ce bloc qui ne muraille pas mais qu’un long ricochet épointe jusqu’à l’imperceptible du visible où s’accrochent la poussée du monde avec sa dimension de retrait accompli. Le Tsimtsoum du créateur devient  une palette aussi impérissable que le nuage qui passe.

 

 

õ

 

 

 

Seuil de naissance avant la mort promise.

 

õ

 

 

L’apport est redoutable avec ces rouges jamais encore utilisés, la masse de bleu irrégulière transforme l’éclat en éclat de clarté, le noir et  l’ocre sculptent l’incandescence ressentie dès la première touche blanche ; une autre lumière se propage, une lumière extraordinairement munificente, un ordinaire de Nicolas de Staël.

 

õ

 

 

La lutte avec le motif ressuscite l’échec à venir, la méprise qui de bond en bond vassalise le saut périlleux de l’inconnu.

La dilution de la forme après mille fatigues de recomposition sarcle le lointain sur son seuil de force afin de déposer une grande lumière dans l’alphabet infini de l’éclair. L’Art ne console de rien, mais nous laisse libre d’ouvrir et de refermer le silence des livres, pour qu’une écriture de feu puisse envahir le lieu désiré où tombera la foudre.

 

 

õ

 

Comprendre que la main ne désigne pas le fleuve mais crée la mer.

 

õ

 

 

Les oiseaux sont indissociables au peintre ; le qui vive des oiseaux.

 

õ

                                                                          

 

Les liens ont cédé ; les volcans océaniques, les célestes telluriques, les fastueux orages et bien autres choses encore, les liens ont cédé sous le fracas silencieux du temps.

Au centre, en pleine  profondeur, la terre monte, le ciel descend, touchés par l’effroi gémellaire des grandes aurores, des grandes marées, jusqu’aux inévitables chutes dans le vide.

Se tenir au rouge c’est respirer à l’enfance, pour le bleu c’est trembler sur l’assise du bond car le reste, innombrable, pétille dans la pétillance du Maître d’œuvre…

Les océans vont jaillir, les terres se séparer au devant d’une débâcle solaire, à la lisière de tout ce qui peut être vu, entendu, espéré en ultime victoire et laissé à l’indifférence poignante de la couleur.

 

õ

 

 

 

Chaque tableau de Nicolas de Staël est une explosion. Ici l’explosion ne détruit pas, mais celui qui tient De Staël devant lui n’en sortira pas indemne. A l’instant du foudroiement il y a le futur immédiat de l’éclair, et si on ne peint jamais ce qu’on croit voir[1], on ne voit jamais ce que l’on croit être peint. C’est cela, malgré le flux et le reflux de la vie et de la mort, le moment perpétuel.

 

õ

 

Au-delà des choses il y a un fond bleu avec quelques touches de rouge vermillon et des jaunes d’or piqués en boucles d’abeille, une longue palissade de canisses où se chamaille tout le profond des oiseaux, puis dans l’ocre et le transparent  le faste des ludions.

C’est encore le geste épris de réminiscences, le rêve épointé de l’églantier, la part brève des aubépines au bord des chemins, un inaperçu aussi infime qu’un jardin penché après un monumental concert où l’issue semble pour toujours effacée.

 

 

õ

 

 

 

 

Il faut que le soleil te traverse non pas pour sa chaleur mais pour son éclat.

 

 

õ

 

 

 

 

On reste épuisé et la concision nous gagne, on affronte cette montagne où les mots de brèche se replient avec leurs causes miraculeuses, cette branche d’épines giflant l’ajoure du sous-bois dans toute la simplification du difficile, tenir les marges rugueuses de l’imagination et puis ces mots toujours tirés de toutes les sources  qui ne forment plus le vertige du poème mais l’ampleur désarticulée de la chute.

 

õ

 

 

 

Murs aux étranges lueurs, aux incroyables clartés, mur de ciel, ciel de mur, hirondelles, martinets, déroulant les gris et les noirs, passereaux tracés en neige et en nuée vers ce vermillon, ce violet, ce rose, ce bleu, ce jaune, ce vert, cette quête innombrable de couleurs qui passent, de risque en risque, de l’étoile au nuage, du nuage à l’étoile.

Trouble de la limpidité ou limpidité du trouble, devant cette immensité le prodigieux se tient dans un mouchoir de poche, là se crée mille mondes ; des féeriques, des lointains, des essentiels, des innés ; des mondes de rupture, des mondes de fusion, des pathétiques, des enivrants, des grands ouverts, des muraillés, des mondes, des mondes aussi frappés qu’un trait de lumière.

 

õ

 

 

Que puis-je attendre d’un miroir brisé ? Le partage entaillé d’un visage et l’éloignement du malheur, le myosotis à l’intérieur d’un livre avec ses ombres de couleurs, et le long de l’allée blanche, un gravier d’hirondelles, tout ce qui pour le jour apporte de vignes et de peau sucrée, sous un ciel de menthe à la faveur des orages.

 

 

õ

 

 

Deux météores, deux illuminations : Arthur Rimbaud, Nicolas de Staël. Deux brévités qui prennent à témoin l’infini de la musique, l’infini probable du bras replié, le je ne sais quoi.[2]

 

Sachons, cette nuit d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir et, le renvoyer et, sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour.[3]

 

 

 

 

 

La brièveté de la vie c’est l’éternel sans les ornements d’éternité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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[1] Nicolas de Staël. Correspondance.

[2] Vladimir Jankélévitch.

[3] Arthur Rimbaud, Génie. Les Illuminations. Fernand Hazan.

 

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Samedi 5 mars 2011 6 05 /03 /Mars /2011 12:48

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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                          LA SORGUE   (Photographie de l'Auteur - Droits réservés)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 LIENS AVEC LES SITES DU  PHILOSOPHE  ROBERT REDEKER   www.redeker.fr

                                                        (Les Alliés substantiels)

 

  LIENS AVEC LE SITE LES AMIS DE FERNANDO PESSOA

                                                                 http://www.fernando-pessoa. com/.

 

  LIENS AVEC LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES ANDRÉ DE RICHAUD

 

 

  LIENS AVEC LES AMIS D'ARMEL GUERNE - LES CAHIERS DU MOULIN

                                            www.moncelon.com/armelguerne.htm 

                              

                               

 

                                           

 

 

 

 

        

 

 

 

                                     

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Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 17:28

 

 

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PRÉSENCE  ET  INFINIS  DE  MAURICE  DE  GUÉRIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

The life can burn in blood, even while the heart  may break.

Percy B. Shelley

 

L

’abri Guérinien[1] de l’origine se fonde dans toute l’authenticité de l’être, eccéité se maintenant hors d’elle-même, et par la paradoxalité irréductible de la transcendance, arrive dans le site du dialogue avec soi et avec l’ouvert.[2]

La parole initiale de Maurice de Guérin se noue comme une amplitude intemporelle vers un ineffaçable souvenir, vers ce souci impérieux de reprendre le chemin et la quête de l’être. C’est dans l’acte poétique avec toute sa portée duelle de fascination et de souffrance que le rêve Guérinien creuse son maintien au monde. Sa blessure matricielle garde l’ombre d’un avant monde qui se déploie dans l’exil du donné et de l’apparaître. Le point fusionnel[3] s’ancre chez le poète auprès de cette construction existentielle qui échappe à tout réel vulgaire ou ancillaire pour ordonner un espace erratique, si insoutenable quelquefois, qui se situera à la lisière de l’ubiquité, de l’éclosion spontanée de la pensée à la fuite incessante du manifesté. Il y a dans les scansions mentales de Maurice de Guérin un désir et une soif inextinguibles de l’étreinte vers les rives sustentées de l’enfance; l’étreinte physique et virginale pacifiée par l’irruption compulsive d’une partance dans la clarté aveuglante d’un feu primitif, où fluent tous les retours. Retours de ceux qui absorbent et intègrent leur présent  à l’aune de l’énigme vacillante de ce qu’ils étaient, afin de circonscrire et de dévoiler l’unité essaimée de l’inconnu qui devant eux et souverainement s’instaure. C’est dans ce oui équivoque, mais prononcé, que l’instant Guérinien s’entrevoit et s’attribue les territoires de l’éternité.[4]

 

La finitude se sangle de la trace que le poème laissera - imprévisibilité et téléologie de l’oeuvre poétique qui se pérennisant affirme sa discontinuité entre contingence et volonté - et dans l’alliance létale mais ouverte aux flux de la vie, le rêve absolu de Maurice de Guérin s’élabore et s’édifie par les stases et par l’infini. A la perméabilité de l’inaccompli s’exonde l’argile extatique où se moule le modèle de l’éternité.[5] Il y a une aire, un lieu évanescent soutenu par un imaginaire radical qui scande et établit les fragmentations de l’écrit et lui confère la parole et la mutité du rêve. L’intensité du poète est toujours tendue vers la corporéité des choses, et de cette intentionnalité fulgurante, l’inouï Guérinien maçonne l’apparaître dans le coeur solipsiste , mais déjà révoqué, de sa pensée.[6] L’enfermement se dilate dans l’espace illimité du rêve, se synchronise avec la marche ascensionnelle de l’âme, s’avance sur les limites massives de l’incréé où soufflent toutes les irruptions au monde.[7] La matérialité de Maurice de Guérin, s’incante dans la présence inattendue, mais prolixe de l’éclair, qui frappe aussi bien l’ordre de la terre que le chaos du ciel.

 

La force et l’intensité de l’éclair n’abolissent ou n’usurpent pas les lignes introspectives du poète, l’horizon apparaît comme un recul munificent où le regard s’agrandit, et par un rapport dialectique, entre la part de l’être et la part de néant, océanise le lointain qui se prête à la découverte de ce qui adviendra dans le vertige labile du futur.[8] Guérin forge la présence du rêve dans l’écarlate errance de son lac insondable où se révèle la nodalité expressive de l’existentialité. La souveraineté de Maurice de Guérin térèbre les hauteurs les plus difficiles à atteindre; des larmes de sang sourdent et coulent dans la déclinaison des soleils d’autrefois qui s’apparient aux nuits nouvelles et à la conquête inassouvie du rêve et de l’âme, car devant la siccité des hommes et du monde, l’espace d’infinis de Maurice de Guérin se condense et rayonne pour élégir l’inconsolation et panifier la déchirure du lieu natal, beauté où les Dieux jadis posaient leurs couronnes et marchaient, tête nue, dans le sacre du feu.

 

La pensée Guérinienne est cette chute continuelle[9] - écart dans l’ébloui et le limes religieux. Ainsi le poème évalue cette attitude ou ce fiévreux en-avant[10] vers l’infini et l’ipséité de l’être et vers l’irréductibilité du monde. Ce face à face de l’instant et de l’éternité[11] - esthétique et mystique -, Maurice de Guérin le posera en principe avec l’instance du ressouvenir existentiel. Rémanence et exploration de l’inconnu semblent être les matériaux ordonnateurs de l’imaginaire de Maurice de Guérin. Sa poétique s’y trouve engagée dans une confrontation tragique entre les vacillantes aurores et les nuits hiératiques, qui animent en elles, la marche structurelle du Temps Guérinien; du lointain inachevé (le passé) au lointain saisi (le présent) pour le lointain approché (le futur). C’est dans ce défi permanent où brûlent les souches de la maturité et de la destruction que les possibilités de l’écriture appellent l’âme qui les reçoit dans ses orbes visionnaires.

 

La solidarité Guérinienne ne s’affranchit pas de l’opacité du désir ombré de dés-illusion, mais l’or ainsi versé dans la jointée de la poésie renferme la fusion de l’absolu, et la pulvérisation des mots se soudant à l’espace quasi-hyperboréen contracte la blessure de l’anéantissement. Sur ce miroir au tain sidéral se reflète toute l’immensité passionnelle et tout l’effort qualitatif pour s’extraire de la contingence humaine, afin de sillonner et de posséder les abîmes douloureux de l’ivresse créative. Le décentrement Guérinien est une perte, mais qui par le bord de la pensée et de l’écriture devient ressource et parvient par ce même effort à se fondre dans une plénitude cosmique. Ce vouloir inlassable à connaître ou à reconnaître les infinis, à se déployer comme un essaim d’étoiles explorant le vide pour occuper le souffle décréatif de l’inconnu dans l’esprit irrépressible de l’exil, range Maurice de Guérin dans le mouvement duel de l’homme aux lignes et aux marges surnaturelles. C’est le paradoxe d’être au-delà du poème afin de se vivre dans le poème. L’anormalité Guérinienne et sa magnificence sont ce vécu intérieur, cet hapax aux confins de critères de la raison qui innerve l’authenticité de l’être et qui par royauté naturelle se soustrait aux rites de la mondéité[12]. Comme l’instant Kierkegaardien, l’intensité ne doit pas défaillir par l’assaut du temps, l’incandescence devra rester braise jusqu’aux recouvrements de l’éternité. L’amour s’incorpore dans ce rapport dans l’immobilité toujours fuyante. Mais inéluctablement, l’élévation du poète se falaise dans la durée terrestre qui délite les présences sur la jusquiame et l’apodictique de la finitude. Cet instant céleste dans le coeur d’un humain constitue toute l’inépuisable recherche Guérinienne sur l’écueil et la vastitude d’un palimpseste, ainsi que toute la grandeur et l’impuissance d’une telle lutte, où s’expriment l’acharnement à combattre, à être habité, et le désoeuvrement face à l’inévitable défaite devant le dessaisissement et l’effroi de l’être dans sa relation avec les Dieux.

 

L’imaginaire de Maurice de Guérin écarte tout équilibre captieux, tout compromis délétère; ses climats semblent provenir des extrémités d’un arc, de la magnitude de l’étoile à l’hypogée de la pierre. La vacuité n’existe pas chez Maurice de Guérin; une tension cyclopéenne s’empare de ses forces, l’embrase et le laisse sur une grève ou dans le coeur de la forêt, magnifié et anéanti. Cette nature si souverainement étreinte gardera comme une pierre ses seuils invulnérables, ses mystérieux abysses discrétionnaires. L’expérience Guérinienne aura vu et saisi l’innommable, et comme toute recherche hors du commun, elle aura montré l’ouvrage de l’inconnu que le regard seul ne peut découvrir et déchiffrer. Maurice de Guérin aura lu l’inestimable approche de l’incréé, châlin de sang et de feu, qui au delà de la vie et par delà la mort palpite immense pour la venue et l’archimage des Infinis.

 

 

 

______

 

 



[1] A rapprocher de la notion d’Être dans la pensée de Martin Heidegger : Le langage est la maison de l’être. Dans son abri, habite l’homme. Les penseurs et les poètes sont ceux qui veillent sur cet abri. Leur veille et l’accomplissement de la révélabilité de l’être, en tant que par leur dire il porte au langage cette révélabilité et la conservent dans le langage. Questions III, Lettre à l’Humanisme, Gallimard, 1980.

 

[2]  C’est le sentiment de ma faiblesse qui me fait chercher un abri et qui me donne la force de briser avec le monde pour rester plus sûrement avec Dieu.  Le Cahier Vert

 

[3] J’ai flétri mon humanité. Heureusement j’avais deux parts dans mon âme; je n’ai plongé qu’à demi dans le mal. Tandis qu’une moitié de moi-même rampait à terre, l’autre, inaccessible à toute souillure, haute et sereine, amassait goutte à goutte cette poésie qui jaillira, si Dieu me laisse le temps. Tout est là pour moi. Je dois tout à la poésie, puisqu’il n’y a pas d’autre mot pour exprimer l’ensemble de mes pensées; je lui dois tout ce que j’ai encore de pur, d‘élevé, de solide dans mon âme; je lui dois tout ce que j’ai eu de consolations, je lui devrai peut-être mon avenir. Le Cahier Vert.

 

[4] L’étendue enivra mon esprit et mes yeux,/ Je voulus égaler mes regards, à l’espace,/ Et posséder sans borne, en égarant ma trace,/ L’ouverture des chants avec celle des cieux. Glaucus.

 

[5] Lorsque tout s’obscurcit, devient une étincelle,/ Et plein des traits perdus de la flamme éternelle,/ Goûte encor le soleil dans l’ombre des abris. Glaucus.

 

[6] Insensiblement, ma confiance s’est dilatée. Elle est lente à croître comme les jours, mais, ainsi que le leur, son développement est vital et répand dans mon sein une chaleur féconde. Qui a ménagé ce rapprochement gradué entre mes frayeurs cruelles et leur objet, et l’entrée de mon intelligence dans la société paisible et sublime de l’ordre où je vis? Mais quel homme sait ce qu’il est et d’où partent les destinées de son esprit ? Pages sans titre.

 

[7] Je suis plus heureux que les torrents qui tombent des montagnes pour n’y plus remonter. Le roulement de mes pas est plus beau que les plaintes des bois et que les bruits de l’onde; c’est  le retentissement du centaure errant et qui se guide lui-même. Le Centaure.

 

[8] (...) Les lacs tranquilles me connaissent encore, mais les fleuves m’ont oublié. Le Centaure.

 

[9] Quand je descendis de votre asile dans la lumière du jour, je chancelai et ne la saluai pas, car elle s’empara de moi avec violence, m’enivrant comme eût fait une liqueur funeste soudainement versée dans mon sein, et j’éprouvai que mon être, jusque-là si ferme et si simple, s’ébranlait et perdait beaucoup de lui-même, comme s’il eût dû se disperser dans les vents.Le Centaure.

 

[10] René Char, Le Requin et la Mouette, Oeuvres Complètes, La Pléïade, page 259

 

[11] (...) Alors on va jusqu’à sentir presque physiquement que l’on vit de Dieu et en Dieu (...) Le Cahier Vert.

 

[12] L’irréfléchi de la conscience s’irise dans l’entrelacement de l’éclat de la poésie et ouvre l’acuité qui anoblit le sens. Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux, René Char, Les Chants de la Balandrane, Ma feuille vineuse, page 16

 

 

 

 

 

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Publié dans : MAURICE DE GUÉRIN
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Samedi 26 février 2011 6 26 /02 /Fév /2011 15:05

 

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Armel Guerne - Sœren Kierkegaard

 

 

 

 

 

 

 
 

                                         LE RIVAL  ÉMOUVANT 
 

 

 

 

 

 

                                       


   Aux confins de la pensée, le silence du futur prend la parole qui s'inaugure allouable dans le fini de l'instant.
   L'étonnement du vivre absolument rapproche ces deux hommes à travers les âges, l'aspect radical et éminent de leur maintien au monde les transpose en règne d'une splendeur mise en abîme, mise bord à bord dans les contrées de l'effroi.
   Qui pourrait nous rapprocher encore de ce temps lointain pigmenté par les mots, les mots non encore éclos de leur enfance, pollen naturant sur le tenu de l'étoile, sur les robs alliciants d'un natal désespoir?
  

 Guerne, de cette passation dérélictive des êtres qui nous entourent, de cet explicable mystère voué aux insolences lassées des éclairs, à ce jeu perdu des moulins, où lui seul pouvait laisser s'apparaître dans le dessein  de l'inaperçu, une coulée d'aubes éprise de regards nouveaux.
   

Soeren dans ce lointain voisinage ajoute son pas comme on aime l'accolade d'un rival émouvant; son allure est noble bien sûr, et ses bottes sont noires; il possède le ciel et le ciel le déchire avec ses arches répétitives, sa mine de plomb tombée des mains de Dürer, avec ce litige des adrets entre la rive et le rivage, dans cette quête de l'instant qui remue les pierres et l'esprit des courants.
   

 Perte, cet intime labyrinthe où se noue et se dénoue la nudité et l'inapparence, sur ce coeur sondé au fin fond des chaos, là où la tristesse crayeuse écarte la nuit écolière, cimes émondées qui montent jusqu'aux abysses à portée de celui qui s'indiffère, s'absente, mais qui ne souffrira de rien. Car le coeur est bien autre, réceptacle des grands partages de l'esprit, le coeur frappant, le coeur se courbant même dans la méprise; le coeur chez Kierkegaard ne se déduit pas.
   Ainsi ce manquement, cette esquive sans force et vertigineuse exploitera le tragique de l'immensité, à la recherche d'un doute immémorial serti  de toutes les sentences prédictives du néant.
  

  Une vie totale dévouée aux lîmes fourchées de la lecture, à ses périlleuses contrées, à ses vents froids, à ses échouages, à ses closeries munificentes, une vie totale choisissant la totalité comme un espace de reflux, d'accroche, de Saïs inoubliée, d'intériorité impérieuse entre les mains fulgurées de la Rencontre.
    

Une vie totale. De Tourtrès ou d'Ailleurs, Armel Guerne en a usé immensément. N'était-il pas en chemin avec Novalis, Hölderlin, avec le rêve d'Ofterdingen, avec le risque d'Hypérion? N'était-il pas dans la voussure de lui-même, le thaumaturge infaillible, sans miroir, sans ombre, sans consentement?

    Les lignes de crête n'ont plus la visite des déroutés, ce qui passe au loin s'indistingue de jusquiame et de fumée, s'arc-boute de voisinages contractuels, de grégaires éplorations: il n'est de vie que le rien de la vie. 
    Armel Guerne s'était penché ainsi sur le créatif sans compromission possible, et pour le désespoir? oui, et pour l'absolu? un oui encore plus prononcé et imperceptible.
    

 La jetée naturelle devient un môle dans l'angoisse des mers où s'arriment les pontons, les amers, les visages qui s'agrègent comme une rupture de neige indisciplinée à l'usage des fervents. Ces fervents de lumière par delà le vivre et le mourir ne vont pas s'interrompre; leur sang est égal avec cet inexplicable non redouté, avec ce point fixe que l'on regarde partir entre instant et effroi pour cette valeur ultime et déjà déchue de l'existant.
   

Guerne et son poème, apocalyptique  beauté pour un sublime et pour une autre  beauté, Kierkegaard et la douceur d'un tremblement; c'est bien ce qui ne peut être dit à jamais, rival émouvant, parmi la différence qui les unit.

 

 

 

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